MATRIX de Andy et Larry Wachowski (1999)

 

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Sorti en 1999, Matrix est considéré comme l’un des films les plus importants de sa génération, et à juste titre. Le long métrage réalisé par les frères Wachowski (pardon… les frères et soeurs) mélange un univers dystopique au cyberpunk. Le ciel est couvert de nuages, suite à la tentative des humains de priver les machines de l’energie solaire. Malheureusement les machines ont trouvé une autre manière de se recharger, les humains, qu’elles utilisent comme des batteries.

Thomas Anderson travaille pour une entreprise informatique, tout a fait honnête le jour, il se trouve qu’il mène une double vie, la nuit il est hacker et se nomme Neo. On retrouve ici le thème cher au genre cyberpunk, la lutte du petit hacker contre la grosse multinationale, ici il s’agira de la Matrice et des agents Smith. D’autre part le long métrage mélange de nombreux mythes et concepts philosophiques qui retournent le cerveau du spectateur, et l’obligent à le revoir de nombreuses fois afin d’apprécier l’étendue de l’ univers et des sujets soulevés par les Wachoswki. Ceux-ci intègrent de nombreuses références à Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir, aux animés japonais (qui se feront echo avec Animatrix en 2003) ainsi qu’aux classiques de la littérature de science-fiction et d’anticipation.

Mais ce ne sont pas tant les allusions culturelles qui ont scotché à leur fauteuil de nombreux cinéphiles à travers le monde. Le véritable impact est visuel,  il serait impossible de faire ici une liste exhaustive des trouvailles cinématographiques des réalisateurs, on parlera de la séquence durant laquelle Neo touche le miroir et se retrouve projeté dans le monde réel, plus précisement dans la bulle qui le maintient, ainsi que le reste de l’humanité dans un état de léthargie. C ‘est à ce moment précis que le héro naît, il ne comprend pas pourquoi ses yeux brûlent, Morpheus lui explique simplement qu’il ne les a jamais utilisés, pas plus que ses muscles ou le reste de son corps, sa vie antérieure n’a jamais été rien d’autre qu’un fantasme.

Si le film est un melting-pot de références, la dominante reste tout de même le cinéma asiatique et particulièrement celui de Hong-Kong, on y retrouve avec plaisir les gunfights inspirés des films de Johnnie To et des scènes de combat rarement aussi bien chorégraphiées et aussi fluides dans le cinéma occidental. La passion des auteurs pour les jeux videos se retrouve tout au long du métrage et le choix des décors renforce l’aspect vidéoludique. Comme on change de lieux, on change aussi de niveaux jusqu’à la confrontation finale avec le boss, l’agent Smith interprété par l’excellent Hugo Weaving.

Avec Matrix on prend non seulement une claque visuelle, mais on se retourne le cerveau à essayer de connaître le fin mot de l’histoire, le monde réel existe-il vraiment? Les humains rebelles sont ils vraiment humains ou sont-ils des programmes de la matrice qui ignorent leur condition (là on pourrait faire un lien rapide avec Blade Runner, quant à savoir si Deckard est aussi un réplicant). Cependant l’apport de la philosophie rend le scénario plus dense et prenant encore, cela permet plusieurs niveaux de lecture selon la sensibilité du spectateur, qui s’entrecroisent, parfois se rejoignent, mais jamais n’empêchent la compréhension du scénario (on vous renverra à l’ouvrage Matrix, machine philosophique, recueil de 13 essais sur la relation entre le film et la philosophie).

Matrix est donc un film important pour son époque et pour toute une génération, on y démontre qu’il est possible de mêler rélfexion philosophique et grand spectacle avec maestria. Il est temps de voir ou revoir ce classique de la science-fiction, qui n’a pas pris une ride et se paye le luxe d’envoyer des High Kick à un grand nombre de films censés avoir pris la relève.

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Marc- Antoine Ravé

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L’ENFER DE LA CORRUPTION d’Abraham Polonsky (1948)

force et evil

En 1948, le jeune scénariste Abraham Polonsky se voit offrir la chance de mettre en scène son premier long métrage avec une totale liberté.

Dans les années 30 à New-York, Joe Morse jeune avocat marron, gère les affaires de Jack Tucker un puissant membre de la pègre gérant les paris. Au cours d’une de leurs opérations, ils vont causer la perte de Leo Morse, frère aîné de Joe. Rongé par les remords, ce dernier va tout faire pour se venger.

Premier film d’ Abraham Polonsky (dont la carrière sera mise à mal durant la chasse au sorcières de McCarthy), L’Enfer de la corruption porte tout l’enjeu dans son titre. D’un côté Joe Morse, jeune avocat ambitieux est l’âme damnée de Jack Tucker mafioso notoire et de l’autre Leo, son grand frère, patron, d’une « banque » de paris, mais honnête. On assiste à la déchirure d’une fratrie, les intérêts pécuniaires du premier contre les scrupules du second. Tout le long du film, Polonsky insère des éléments bibliques, avec d’une manière évidente, l’analogie à Abel et Caïn. La présence de John Garfield l’écran ne fait que confirmer son statut de grand acteur. Celui-ci campe de manière brillante, le jeune juriste rongé par l’ambition prêt à faire beaucoup pour gagner, comme il le dit lui même au début, son premier million.

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Si L’Enfer de la corruption débute en nous présentant une séparation claire entre le bien (représenté par Leo Morse et Doris Lowry) et le mal (Joe Morse et Jack Tucker), la frontière finit par devenir ténue pour disparaître tout à fait. Caïn cause la perte d’Abel, mais rongé par le remord décide de s’offrir une fin digne de Judas Iscariote. La violence physique et les règlements de compte sont moins présents que dans d’autres films de gangsters, ce qui est une bonne chose. Elle n’en est pas moins présente, les menaces de mort sont dissimulées mais sans ambiguité aucune. La scène de l’assassinat du comptable est particulièrement marquante ainsi que la scène du règlement de compte final.

Les dialogues sont très bien écrits, et apportent une touche poétique à un univers sombre régit par l’appât du gain. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un film noir, la violence se situe surtout dans les décisions prises par le protagoniste, et de l’impact qu’ont celles-ci sur son entourage et en particulier sur Leo. La direction d’acteur est sans faille, les dialogues font mouche et l’on apprécie l’explication sur le fonctionnement des loteries clandestines. Le principe de la narration de Joe Morse, se retrouve dans plusieurs longs métrages de Martin Scorsese, tels que Taxi Driver ou Les Affranchis. Le réalisateur a d’ailleurs supervisé la restauration du film, nul doute que le premier film de Polonsky a profondément marqué Scorsese autant comme cinéaste que comme cinéphile.

Marc-Antoine Ravé

PRISONERS de Denis Villeneuve (2013)

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Le jour de Thanksgiving deux petites filles sont enlevées. On suspecte le propriétaire d’un van délabré, Alex Jones, celui-ci est rapidement interpellé, seulement le détective Loki, chargé de l’affaire ne possède aucune preuve contre lui et doit le libérer. Keller Dover, père d’une des fillettes excédé par le manque d’efficacité de la police décide de retrouver sa fille par tous les moyens.

Le réalisateur québécois, Denis Villeneuve nous offre un voyage sombre dans une petite ville de Pennsylvanie où l’orage se fait souvent menaçant et la pluie tombe sans jamais s’arrêter. L’ambiance est glauque et c’est une des forces de ce long métrage, elle n’est pas sans rappeler celle de Seven.  Prisoners est un film viscéral, aidé par une mise en scène nerveuse qui tient l’intérêt du spectateur éveillé jusqu’à la toute fin. Le cinéaste joue avec les codes des thrillers et dispose des indices tout au long de la narration, il s’amuse du public qui a toujours le sentiment d’avoir une longueur d’avance.

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Jake Gyllenhal, remplit son office, une fois n’est pas coutume, avec brio. En campant le rôle de l’inspecteur Loki , un flic solitaire en confit permanent avec sa hiérarchie. C’est avec clairvoyance que Villeneuve évite les clichés téléphonés de flic brisé par son métier (dans la veine d’Olivier Marchal) et cachant une bouteille de whisky dans son tiroir. D’ailleurs Loki n’est pas un vieil inspecteur, il a la trentaine, mais est déjà rongé par son métier et bourré de tics. On nous donne peu d’informations sur ce personnage, mais suffisamment pour lui donner de l’épaisseur, Gyllenhaal s’occupe du reste. Il ne faut pas oublier l’excellent Hugh Jackman qui quitte son personnage de Wolverine pour incarner un père de famille très croyant, qui devant la disparition de sa fille, perd peu à peu tout sens moral. Prisonnier de sa rage, il ne la refoule plus, elle lui dicte sa conduite.

Prisoners est un excellent film au scénario solide et efficace, qui nous fait vivre la descente aux enfers d’une famille moyenne américaine avec un certain réalisme doté d’une pointe de folie mystique.  Le casting tient la route, la mise en scène , est aiguisée comme la lame d’un rasoir. Denis Villeneuve fait preuve ici d’une grande maîtrise et d’un grand talent.

Marc-Antoine Ravé

MISSION TO LARS de James Moore (2012)

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Kate Spicer est journaliste, son frère Will quant à lui est réalisateur. Ils décident tous deux d’emmener leur frère Tom atteint du syndrome de l’X fragile aux Etats-Unis afin qu’il puisse rencontrer Lars Ulrich, batteur de l’un des plus grands groupes de Heavy Metal, Metallica.

Le film est assez particulier en ce sens que pendant le visionnage on a le sentiment de voir un film de famille, Kate et Will se sentent coupables de s’être éloignés de Tom en grandissant. Ceux-ci sont obligés de demander à l’entourage direct de Tom de leur faire une liste pour les aider à mieux communiquer avec lui. La partie n’est pas simple, Tom vit ses sentiments en grande partie à travers la musique de Metallica et reste hermétique à tous dialogues avec Kate . Au fur et à mesure que le périple avance, Tom refuse d’assister aux concerts et reste enfermé sur lui même. Malgré toutes les tentatives de son frère et de sa sœur.  La rencontre avec Lars Ulrich est amené comme  un prétexte pour que la fratrie Spicer puisse renouer des liens forts. Le court passage dédié à une spécialiste du syndrome dont Tom est atteint, aurait certainement mérité d’être plus développé. Quant à la mise en scène on ne peut pas dire qu’elle soit des plus soignées, mais il s’agit des deux seules grosses faiblesses du film.

Mission to Lars

En effet même s’il ne s’agit pas du véritable sujet du long métrage, on découvre une face cachée de la planète métal, souvent méconnue du grand public. D’une manière générale, lorsque l’on dit que l’on écoute du métal, on nous voit comme une bande de chevelus prêts à dévorer des têtes de chauves-souris (comme l’aurait soit disant fait, le frontman de Black Sabbath sur scène) ou comme les adeptes serviles de Satan. Le documentaire ne s’adresse pas qu’aux fans du groupe ou de métal, il devrait être vu par un maximum de personnes (surtout en France afin de faire évoluer les mentalités, ce message s’adresse particulièrement aux petits censeurs de joie qui réclamaient la suppression du Hell Fest, le festival de métal à Clisson).

Will  Spicer a tout de même réussi à éviter une mise en scène baignant dans le mélo et d’essayer d’arracher une larme au spectateur, on y trouve de la tendresse fraternelle, de l’exaspération, de l’énervement et ce sens de l’autodérision propre aux britanniques, un film humain en somme.

Marc-Antoine Rave

GRAVITY de Alfonso Cuaron (2013)

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Ayant eu la chance de voir Gravity cette semaine alors que la sortie est prévue le 23 octobre, le déferlement de superlatifs m’avait quelque peu effrayé : rien de tel pour vous faire rentrer dans une salle de cinéma sans aucune objectivité. Et pourtant! Le réalisateur du magnifique Les Fils de l’Homme avec Clive Owen réussit un film époustouflant qui dépasse toutes nos attentes. La première impression est qu’il ne ressemble à aucun autre, et ce pour notre plus grand bonheur. Gravity est avant tout un formidable film d’aventure et de survie. Il ne faut pas chercher la force du film dans son histoire minimaliste mais plutôt dans sa mise en scène.
L’inexpérimentée docteur Ryan Stone (Sandra Bullock) et le chevronné Matt Kowalski (George Clooney) sont en mission pour réparer la navette Explorer dans l’espace tout proche de la terre. Des débris d’un satellite hors d’usage viennent totalement anéantir le vaisseau et les deux astronautes se retrouvent livrés à eux-mêmes au milieu de l’univers. A court d’oxygène, ils décident de rejoindre la station spatiale russe.

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Des débats enflammés ont souvent eu lieu sur le rôle de la 3D. Inutile dans 80% des cas et simple outil marketing, à part dans des oeuvres comme Avatar ou Là-Haut, la 3D est ici parfaitement utilisée par le réalisateur mexicain. On peut s’en rendre compte dès le début du film par l’image sidérante de Sandra Bullock travaillant au-dessus de la terre. Cette image de l’espace et l’image de la terre, si proche si loin, ne perdront jamais de leurs beautés tout au long du film. Cuaron utilise pour cela comme à son habitude des plans séquences hallucinants (le premier aurait duré 38 minutes) qui permet au spectateur de prendre place avec l’équipage au coeur de l’espace.

L’autre prouesse qui apparait immédiatement est le magnifique travail effectué par l’équipe technique sur la condition de l’être humain dans l’espace, principalement l’apesanteur. Le réalisme est donc total.
On ressent sur notre fauteuil l’infinie grandeur de l’espace. Cette beauté est à mettre en opposition avec l’hostilité totale de l’univers rappelée dans le texte explicatif du début du film : ‘toute vie dans l’espace est inconcevable’.
Le spectacle peut donc commencer. Dans l’espace, personne ne vous entendra crier. Le postulat d’Alien est parfaitement repris ici. Du fait de l’absence de bruit dans l’espace, la musique et les sons sont des éléments clés du film. Steven Price réussit ce challenge avec brio. Parallèlement aux films de Ridley Scott, Ryan Stone nous fait penser à certains moments à Ellen Ripley dans cette lutte incessante pour la survie. N’étant pas un aficionados de Sandra Bullock, je dois avouer qu’elle remplit parfaitement son rôle et réussit à créer une véritable empathie pour son personnage.

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Enfin la grande force du film est dans le choix du tempo choisi par Cuaron. Le film ne dure que 90 minutes. Le réalisateur alterne parfaitement les scènes de dialogues comme les scènes d’actions pures. Et, à chaque fin d’une grande scène d’action, une image majestueuse vient conclure une séquence qui permet au spectateur d’une part de reprendre son souffle et d’autre part de simplement admirer une image-tableau. Plus qu’un film, une véritable expérience sensorielle.

J-B Coriou.

L’ARMÉE DES MORTS DE Zack Snyder (2004)

Premier film d’un cinéaste souvent critiqué pour son style parfois poussif, l’Armée des Morts reste à ce jour l’incarnation parfaite de ce que devrait être un film de divertissement américain. Tour à tour effrayant et émouvant, Zack Snyder se réapproprie l’œuvre culte de George A. Romero et livre un film moderne et attachant.

En s’attelant au remake d’une œuvre horrifique totalement culte pour son premier film, Zack Snyder s’est rapidement trouvé sous le feu des critiques avant même la sortie de l’Armée des Morts au cinéma. Le film pose la question de l’objet d’un remake et du respect qu’il doit avoir vis-à-vis de son modèle. Sans balayer le film de George Romero de la main, Snyder prend ses distances avec Zombie et fait entrer de plein fouet la mythologie zombiesque dans le 21ème siècle.

La modernité inhérente au projet contribue d’ailleurs grandement à la réussite du film. Le générique de début donne le ton de celui-ci. Il dépeint avec une série de petits clips une société obsédée par ses écrans qui, à la fois surinformée et déshumanisée, sombre peu à peu dans le chaos comme si ce n’était que la suite logique des choses. Néanmoins, la portée sociale de L’Armée des Morts est considérablement limitée et Zack Snyder préfère s’atteler à un divertissement rythmé certes moins transgressif mais plus entreprenant dans sa forme.

Ce que le film perd en réflexion sociétale, il le gagne en dynamisme. Les plus sceptiques peuvent bien râler de l’influence qu’a pu avoir le film d’infectés de Danny Boyle 28 jours plus tard sur l’Armée des Morts, la vitesse de déplacement des zombies rend le film haletant et nous offre des véritables séquences d’anthologie où gore et émotion s’entremêlent génialement.

Il y a une véritable volonté de la part de Snyder de rendre ses personnages attachants. Là où dans la trilogie zombiesque de Romero la très grande part d’animalité rendait les humains plus cruels que les zombies eux mêmes, Zack Snyder a ici une forme de tendresse vis à vis de ses protagonistes. Le cinéaste veut créer de l’empathie chez le spectateur et y parvient excellemment. En outre, L’Armée des Morts est un film formidablement immersif où Snyder réussit à merveille l’exercice pourtant délicat du huis-clos en rendant l’enfermement dans le centre commercial graduellement étouffant.

L’Armée des Morts prouve à lui seul qu’il est important de prendre respectueusement ses distances avec son modèle quand on s’attelle à un remake. Une vraie prise de risques est nécessaire et la réappropriation du film doit être quasi-totale. Zack Snyder a certes dénaturé le propos de Zombie mais a livré une oeuvre qui lui est propre avec son style et ses idées. En conclusion, L’Armée des Morts ne peut être véritablement vu comme un remake mais plutôt comme une transposition réussie du film dans un autre genre, celui du film d’action horrifique. À l’heure de l’invasion des zombies dans la totalité de notre paysage culturel et du nivellage du genre par le bas par la même occasion, il serait déplacé de ne pas revoir L’Armée des Morts, une œuvre émouvante et gore qui procure un plaisir immense.

Ben SIVI