MACHETE KILLS de Robert Rodriguez (2013)

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Dans Planète Terreur, le réalisateur Robert Rodriguez avait introduit des fausses bandes-annonces au début de cet hommage aux films Grindhouse. Trois ans après, le personnage d’une des bandes-annonces donnait le film Machete avec Danny Trejo. Le réalisateur américano-mexicain voulait créer le premier héros mexicain à l’écran. Avouons que ce premier épisode nous avait assez enthousiasmé avec des références et une violence assez jouissives. Fort du succès de ce premier film, c’est tout naturellement qu’un deuxième épisode sort sur nos écrans.

Disons-le d’emblée, Machete Kills est une déception due à une absence totale de scénario. Rodriguez a surement pensé que les mimiques de son acteur principal Danny Trejo et les nombreux caméos suffiraient à faire passer un film hyper répétitif. Là ou Machete avait pour toile de fond la corruption et le problème de l’immigration latino aux Etats-Unis, ce second volet traite des mêmes thèmes mais de manière balourde sans aucune nuance. La vulgarité est ici de mise avec en tête de gondole Sofia Vergara et Amber Heard qui frôle le mauvais gout ce qui en fait le paradoxe de ce film : Vouloir se moquer du mauvais gout tout en l’utilisant. Les apparitions de Walton Goggins, Cuba Cooding Jr, Lady Gaga et Antonio Banderas n’apportent pas grand chose et on a peu l’impression de voir un apéro entre amis où le spectateur est resté sur le pas de la porte. A proprement parler, ces caméos sont totalement dénués d’intérêt pour l’intrigue, si maigre soit-elle.

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Rodriguez a l’art du cool. En l’ayant vu présenter Machete Kills, on sentait cette volonté du cool attitude. Le problème de ce metteur en scène est qu’il a toujours eu dans ses pattes des personnes beaucoup plus talentueux que lui ce qui lui a permis d’être très surestimé. Quentin Tarantino (Une Nuit en Enfer, Planète Terreur) et Frank Miller (Sin City) sont ainsi les véritables cerveaux des grandes réussites du réalisateur. Seul à la barre, on ressent une grande médiocrité de mise en scène dénuée de toute émotion. Finalement, on se demande si le seul talent de Rodriguez est de réussir à chaque fois à réunir de très grands castings à l’écran.

Quelques réussites sont tout de même à noter. La meilleure partie du film reste la fausse bande-annonce du début du film qui laisse présager un troisième épisode avec son titre ‘Machete kills again…in space’. De plus, il est toujours agréable de voir des acteurs comme Charlie Sheen et le banni Mel Gibson à l’écran. Charismatique à souhait, on aimerait revoir l’acteur américano-australien en dehors de ces films de seconde zone que sont Machete kills ou The Expendables 3.

J-B Coriou

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NO PAIN NO GAIN de Michael Bay (2013)

Hé oui les amis, va falloir vous faire à l’idée, le dernier Michael Bay est une petite claque. On assiste à un spectacle rythmé, quasi-impeccable dans sa narration et mis en scène de manière assez ingénieuse. Michael Bay ose (quasiment) tout pour pointer certaines dérives de cette société américaine mercantile et profondément inégalitaire.
Alors oui, Michael Bay n’est pas le cinéaste le plus subtil du monde et n’a jamais été un très grand conteur. Il est vrai que dans l’univers de Michael Bay, les femmes sont toutes des faire-valoir en minishorts et les clichés raciaux et religieux abondent (Le Juif qui aime son argent, le Noir en sidekick blagueur). Le film est effectivement assez racoleur et pourra gêner certains mais cet aspect du cinéma de Bay est ici moins dérangeant que dans ses autres films. En effet, le côté tape-à-l’œil sert ici formidablement le récit et le film dépeint ainsi brillamment un univers où tout n’est qu’artifice et superflu.
Il est également vrai que No Pain No Gain a effectivement une base scénaristique digne d’une œuvre des frères Coen, puisqu’il s’agit ici de protagonistes désireux de sortir du carcan qu’est leur existence et changer drastiquement de vie.

Daniel Lugo est un bodybuilder qui coache des personnes aisées sous le soleil de Miami. Après avoir pris conscience qu’il n’a jamais vraiment pris son destin en main, il va s’associer avec deux autres bodybuilders et élaborer un plan qui consiste à kidnapper un riche entrepreneur et lui confisquer tous ses biens.
Le spectateur prend rapidement conscience que les protagonistes s’ont d’une bêtise assez abyssale et n’ont pas vraiment idée de la portée de leurs actes. Néanmoins, chaque personnage est si remarquablement écrit qu’on mesure assez bien la frustration qui les habite et les motifs qui les animent. Nombre de scènes ont un impact émotionnel considérable tant Bay s’intéresse à ses personnages et leur donne une réelle épaisseur.
Chaque membre du gang appréhende différemment la situation et leur état de conscience transparait assez bien à l’écran. Le personnage principal interprété par Mark Wahlberg s’imagine comme un gagnant et voit simplement ce kidnapping comme un mal pour un bien « no pain no gain ». Néanmoins, le personnage de Dwayne Johnson est probablement l’un des plus intéressants puisqu’il s’agit au départ un homme très religieux qui tombe ensuite rapidement dans la drogue tant il demeure incapable de vivre avec lui-même après cet enlèvement.
No Pain No Gain est un film sombre où des personnages désespérés évoluent dans un univers artificiel. Néanmoins, le film parvient à conserver son statut de divertissement et les quelques moments comiques fonctionnent à merveille.
Dans l’ensemble, le film est d’un dynamisme à toute épreuve et une énergie assez rafraichissante se dégage du film. Bien que No Pain No Gain garde certains défauts propres aux films de Michael Bay, il n’en demeure pas moins une œuvre sombre et intelligente sur un rêve américain avorté.

Ben SIVI

24 HOUR PARTY PEOPLE de Michael Winterbottom

 

Avec: Steve Coogan, Lennie James, Shirley Henderson, Martin Hancock, Paddy Considine, John Simm, Dave Gorman, Andy Serkis.

 

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Pour ceux qui en douteraient, Manchester ne se limite pas aux Red Devils , aux Citizens et à la grisaille d’une ville ouvrière du nord de l’Angleterre. Elle héberge l’une des scènes musicales les plus avant-gardiste et prolifique de ces 40 dernières années, que ce soit en Grande Bretagne ou en Europe. 24 HOUR PARTY PEOPLE, représente un morceau d’histoire sonore et visuelle de la fin des années 70 jusqu’aux années 90.

 

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Esthétiquement, le film oscille entre le genre documentaire, caméra à l’épaule, cher à l’esprit de Winterbottom (Tournage dans un jardin anglais, The Trip) et les délires visuels empruntés aux Monty Pythons, plus précisément à l’esprit secoué de Terry Gilliam. Mais la mise en scène colle avec aisance au sujet traité, et décuple le plaisir du spectateur devant cet essai réussi, de ce qu’ on pourrait appeler grossièrement un biopic.

 

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Steve Coogan est excellent, il distille ce qu’ il faut de flegme britannique et de second degrés, pour incarner ce « personnage » , qu’était (et reste) Tony Wilson . Winterbottom alterne fréquemment scènes de concerts à l’Hacienda ( boite/salle de concerts, crée par Wilson et ses partenaires) et interviews minablement drôles pour Granada TV. Le contraste ainsi créé, permet de donner une véritable idée du caractère de Wilson, qui s’est investit à fond par amour de la musique. Lors de cette scène que l’on retrouve aussi dans CONTROL d’Anton Corbjin, Wilson rédige le contrat qui lie Joy Division à Factory Records, de son sang.

 

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Cependant le film n’est pas véritablement un biopic, en ce sens que si Tony est présenté comme le protagoniste in fine, le film se penche avant tout sur la scène musicale mancunienne . La phrase que prononce Steve Coogan – illustre cette idée de « biographie musicale », qui englobe le premier concert des Sex Pistols à Manchester devant 40 personnes, les Jam, les Stranglers, Siouxsee and the Banshees, Iggy Pop, Joy Division (puis New Order et l’enregistrement de Blue Monday) et enfin, de Happy Mondays et ses pétages de câbles sous ecstasy et crack. –  » I’M A MINOR CHARACTER IN MY OWN STORY. THIS FILM IS ABOUT THE MUSIC AND THE PEOPLE WHO MADE THE MUSIC ».

 

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Mais, toute la gloire ne peut revenir seulement à un seul homme. Hormis Coogan , Paddy Considine ( réalisateur de TYRANNAUSORE avec Peter Mullan)partenaire nerveux de Wilson, on remarque une fois de plus Andy Serkis qui incarne Martin Hannett, un producteur de la trempe de Phil Spector. Il faut croire que d’une certaine manière Serkis incarne la folie (ici un peu moins prononcée que Gollum le schizophrène)à la perfection. Un peu comme Nicholson à une certaine époque , habitué aux rôles de types dérangés et dérangeants.

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Un portrait dressé d’une autre époque, d’une autre musique et des gens qui ont apporté leur pierre à l’édifice sans se compromettre artistiquement. Mais qui au contraire, ont donné leur chance à de jeunes musiciens aujourd’hui certes un peu plus âgés, mais qui n’ont rien perdu de leur envie de toujours trouver un son nouveau et original. Les années passent, la musique elle, est toujours bien présente.

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Marc-Antoine Ravé

 

 

 

GUET-APENS de Sam Peckinpah (1972)

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Avant de rentrer au coeur du film, il faut rappeler la genèse du film. Peckinpah a connu différents échecs au box-office avec des films très subversifs comme les Chiens de Paille. Il s’intéresse depuis quelque temps au livre de Jim Thompson, Le Lien Conjugal, fait divers sur un couple d’escroc en cavale. Robert Evans, le nouveau nabab d’Hollywood, vient d’acquérir les droits avec une double intention : faire jouer Ali McGraw, sa nouvelle conquête et profiter du succès de Bonnie et Clyde sorti en 1967. Ce que ne sait pas Peckinpah, c’est l’édulcoration du scénario. Entre temps, McQueen est devenu le vrai patron sur le tournage. Ces deux épisodes vont clairement froisser le réalisateur. Le tournage sera donc un vrai parcours du combattant. Cerise sur le gâteau, McQueen commence une relation avec McGraw sur le projet…. Finalement, le film connaitra un grand succès malgré la prise en charge du montage final par McQueen et la colère de Peckinpah. Le film n’est donc pas un très grand Peckinpah mais un divertissement sans message particulier, hantise du réalisateur. Il est donc difficile de juger une telle oeuvre au regard de la superbe filmographie de Peckinpah.

Doc McCoy (Steve McQueen) sort de prison à la suite de l’intervention d’un truand reconnu Jack Benyon (Ben Johnson). Les arguments de Carol McCoy (Ali McGraw) ont convaincu Benyon. Toutefois cette sortie s’accompagne d’une demande : Doc doit participer au braquage d’une banque. Sauf que Benyon a prévu de le supprimer une fois la mission accomplie. La chasse à l’homme peut démarrer.

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On comprend très vite ce qui a pu plaire à Peckinpah dans cette histoire cynique où le héros est un être monochrome et violent, où les méchants sont des pervers sans aucune morale. Mais à de nombreuses reprises, il déçoit. Tout d’abord, l’histoire d’amour entre McQueen et McGraw est assez bâclée , on ne ressent aucune alchimie entre les deux personnages. La faute en revient peut-être à cette dernière qui n’a pas le charisme d’un tel rôle. De plus, la scène du braquage ne restera clairement pas dans les annales. Il faut aussi souligner les scènes clairement trop longues où le spectateur frise l’ennui (on se demande quand la scène du vol de la valise de billet va se terminer, cette scène étant clairement sans enjeu).

On retrouve de temps en temps des fulgurances du père Peckinpah qui nous permet de nous raccrocher au film. Ainsi on sent très vite une plus forte implication de Peckinpah dans le personnage malsain de Rudy Butler joué de façon magistral par Al Lettieri (Le Parrain). Le montage épileptique du début nous immisce immédiatement dans l’univers du film et montre également la patte Peckinpah. Certains plans font aussi preuve d’une grande inventivité.. De même, la scène de gunfight final reste ce que Peckinpah maitrise le mieux. Bref, un Peckinpah mineur mais un Peckinpah qd même.

J-B Coriou

A HISTORY OF VIOLENCE de David Cronenberg (2005)

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2005, trois ans se sont écoulés depuis Spider, le dernier film de David Cronenberg. C’est à ce moment là que sort A History of Violence, adaptation réussie du roman graphique éponyme écrit par John Wagner et dessiné par Vince Locke. Le réalisateur aborde avec ce long métrage le thème de la violence et la manière dont elle se propage.

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A History of Violence raconte l’histoire de Tom Stall, père de famille heureux et commerçant bien intégré dans une petite bourgade des Etats-Unis. Le jour ou deux tueurs tentent de braquer son restaurant, il réussit à subtiliser l’arme de l’un deux et les abats froidement. La presse s’empare du sujet et Tom devient une célébrité. Mais peu après un homme du nom de Fogerty arrive en ville, et Tom va devoir faire face à ses vieux démons.

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Avec ce long métrage, Cronenberg prend une direction différente au niveau de la mise en scène, restant constant à travers le thème qu’il aborde, de manière intelligente et approfondie. Ici la violence et son héritage, avec Viggo Mortensen on assiste à la transformation de Tom Stall , père de famille, bon sous tous rapports qui nous apparaît comme inoffensif, en Joey Cusack ancien membre de la pègre de Philadelphie qui aurait arraché l’oeil de Fogerty avec du barbelé. Sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde revisité à la sauce américaine, la violence est ici physique et verbale, entre mari et femme, entre adolescents au lycée. Le plus intéressant est la vitesse à laquelle la famille Stall semble se désagreger au contact de cette dernière. Peu à peu Tom redevient Joey mais tente de se contrôler, il est en pleine crise d’identité.

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On assiste avec ce film à l’explosion du talent d’acteur de Viggo Mortensen, qui récidivera deux ans plus tard, avec le même réalisateur, pour Les Promesses de l’ombre. Malgré tout, il faut aussi saluer la performance des deux grands acteurs que sont Ed Harris et William Hurt. Sans ce trio de choc, le film n’aurait pas la même saveur. Sorte de western actuel, il en possède les codes et l’atmosphère âpre à l’odeur de poudre noire. On apprécie aussi la mise en scène quelque peu classique venant de Cronenberg mais qui colle parfaitement à l’image et à l’histoire.

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Il s’agit d’un film surprenant et même simplement prenant, le spectateur se trouve aspiré par l’histoire de Tom et brûle d’en connaître la fin, surtout qu’il est difficile de s’imaginer un happy end. Le plan séquence qui ouvre le film est très bon puisqu’il permet de faire ressentir au spectateur une tension palpable qui va amener tout au long du film au climax fratricide final, entre Joey et son frère Richie, Abel et Cain revu et corrigé par Cronenberg.

Marc-Antoine Ravé

LE MAJORDOME de Lee Daniels (2013)

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En 1926, le jeune Cecil Gaines quitte le Sud des Etats-Unis et le joug de la ségrégation. Au fil de ses pérégrinations, il va développer ses compétences avant d’atteindre une fonction très convoitée, celle de majordome à la Maison Blanche. Des années 50 aux années 80, il sera le témoin extraordinaire de son époque en servant 8 présidents.

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Lee Daniels s’est inspiré de l’histoire vraie d’Eugene Allen, qui a travaillé en tant que majordome à la Maison Blanche et a été le témoin, au premier plan, des décisions prises par les gouvernements successifs et des conséquences dans sa vie de citoyen. De l’impact du combat pour les droits civiques au Watergate en passant par la guerre du Vietnam. Le personnage de David Oyelowo, qui incarne le fils de Cecil Gaines est particulièrement intéressant. Révolté dès l’adolescence par la condition réservée aux citoyens noirs-américains, il part faire ses études dans le Tennessee et rejoint les « Freedom Riders ». Il est victime du racisme et de la haine « ordinaire » et comprend d’autant moins bien comment son père peut éprouver une quelconque fierté dans son travail.

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Le duo Withaker-Oyelowo est brillant, et réussit à insuffler suffisamment d’émotion pour agripper le spectateur dans cette chronique familiale et historique. Le long métrage a le mérite de traiter un des moments les plus violents de l’histoire américaine, tout en évitant de céder aux sirènes de la facilité et d’enchaîner les séquences chocs. Celles-ci sont au contraire disséminées dans le film et renforcent d’autant plus le propos du metteur en scène. La scène se déroulant dans le diner, est particulièrement puissante et réussit à mettre le spectateur mal à l’aise. Les jeunes activistes noirs s’asseyent volontairement dans la partie « blanche » du restaurant, ils subissent alors un déferlement de haine verbale, de crachats au visage et d’humiliation pour ensuite finir en prison! Mais le plus choquant dans ce passage est le fait que leurs tortionnaires ont le même âge qu’eux, l’héritage de la haine dans sa plus simple expression.

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La grande surprise réside dans le rôle de l’épouse de Gaines, jouée par Oprah Winfrey. Cette dernière offre une belle interprétation, d’une femme délaissée par son mari, quasiment poussée à l’adultère, et tentant de recoller les morceaux d’une famille brisée par les dissensions politiques.

La tâche de représenter plusieurs présidents pour la plupart charismatiques et connus à travers le monde n’est pas aisée. Daniels, a d’une manière générale réussit son casting, on pensera surtout à Liev Schreiber en Lyndon Johnson et Alan Rickman en Reagan. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de penser que le choix d’installer le personnage à la maison blanche est plus un prétexte afin de « légitimer » l’angle historique du long métrage.

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Un des points négatifs réside dans le vieillissement des acteurs, un artifice qui est encore loin de faire ses preuves au cinéma. De plus le film souffre d’une mise en scène peu originale, rappelant Forrest Gump et trop académique. Le Majordome est non seulement une fresque historique mais surtout un exposé de plus de quarante ans de racisme aux Etats-Unis. Un film à voir absolument.

Marc-Antoine Ravé

LE TRANSPERCENEIGE de Bong Joon Ho (2013)

Décidemment 2013 est véritablement l’année de la science-fiction. Après le très aseptisé Oblivion, l’ultra-jouissif Pacific Rim et nombre d’autres sorties SF (Elysium, After Earth et j’en passe) Le Transperceneige va débarquer sur nos écrans fin octobre.
Nous avons vu le film en avant-première et assisté à l’un des meilleurs divertissements de cette année. Le film est réalisé par le coréen Bong Joon Ho, metteur en scène ingénieux à qui l’on doit le polar tragi-comique Memories of Murder mais surtout le très surprenant The Host, mélange astucieux de fable sociale et de film de monstre.
Fasciné par le roman graphique français Le Transperceneige, le metteur en scène coréen décide de l’adapter à l’écran plus de vingt ans après la sortie de la bande dessinée.
Le film raconte la révolte d’un groupe de passagers à bord du Transperceneige, train qui transporte ce qui reste de la population humaine après qu’un cataclysme climatique ait transformé la Terre en étendue gelée invivable.
La qualité première du film est que Bong Joon Ho n’a pas laissée de côté sa hargne propre au cinéma coréen. Le film est d’une violence graphique assez intense et certaines scènes sont d’une cruauté sans nom. Tout cela pour le plus grand plaisir du spectateur qui demeure las de tous ces blockbusters familiaux sortis cet été.
Le Transperceneige est une œuvre brutale qui dépeint une révolte où les protagonistes sont tout aussi assoiffés de liberté que de sang. C’est en ce sens que le film ne verse pas dans un manichéisme naïf où les laissés pour compte sont très gentils et les riches très très méchants. Ici, les révoltés se montrent tout à la fois cruels et sadiques tant leur désir de vengeance est immense. Une des principales forces du film est d’alterner des scènes très burlesques, très tragi-comiques qui laissent le spectateur respirer puis d’enchainer avec des scènes d’une extrême barbarie.

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Esthétiquement, le film joue de manière assez intéressante avec le contraste de l’obscurité des compartiments du train et la blancheur aveuglante de l’extérieur. La lumière joue un rôle essentiel dans le film et est même utilisée comme une arme dans certaines scènes.
Le casting est assez solide. Chris Evans s’en sort honnêtement mais un peu en-dessous de Tilda Swinton et Song Kang-Ho.
L’ensemble est bien plus que correct bien qu’on regrette une fin un peu laborieuse. Cependant, cette fin nous interpelle. Sans spoiler, le discours est une vraie réflexion sur le déterminisme et la mégalomanie humaine. Contrairement à Elysium et son manichéisme balourd, le débat est vraiment un ton au-dessus. Le réalisateur a vraiment laissé le temps de la discussion, fait rare dans un blockbuster, peut-être trop diront certains.
Le Transperceneige est définitivement l’une des œuvres SF les plus intéressantes de ces dernières années.

Ben SIVI et J-B Coriou