ANIMAL KINGDOM de David Michôd (2010)

avec James Frecheville, Jacki Weaver, Ben Mendelsohn, Guy Pearce, Laura Wheelwright, Luke Ford, Dan Wyllie, Joel Edgerton

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La famille mafieuse fût le théâtre du plus grand chef d’oeuvre de tous les temps, en l’espèce Le Parrain de Coppola. Mais depuis les années 90, la tendance fut de montrer le milieu de la mafia à taille humaine sans aucune artifice. A l’opposé d’un Tony Montana, HBO créa le personnage mythique de Tony Soprano, gangster en mal de reconnaissance et assujetti à une psychanalyse. De même, le film de Matteo Garrone, Gomorra, montrait un milieu ultra réaliste où tout glamour était exclu avec un vrai côté sociologique du milieu. Animal Kingdom prolonge ce réalisme de cette mafia en ayant cependant, une vraie volonté romanesque, clairement inspiré de The Yards et La Nuit nous appartient de James Gray.

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Nous sommes en Australie. Joshua (James Frecheville) est récupéré par sa grand-mère (Jacki Weaver) et ses trois oncles, Baz (Joey Edgerton), Darren (Luke Ford) et Craig (Sullivan Stapleton). Son quatrième oncle, le psychopathe Pope (Ben Mendelsohn), est en fuite. Il va très vite réaliser que cette famille qu’il ne connait pas est en fait totalement imprégnée dans le milieu de Melbourne. Aprement surveillée, la famille Cody part en guerre contre la police. Joshua devra choisir son camp.

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Première Image, Premier choc. On est en pleine banlieue urbaine de Melbourne. Joshua continue de regarder un jeu télévisé de manière détaché en attendant l’arrivée de médecins. Sa voisine de canapé n’est d’autre que sa mère. Elle vient de faire une overdose à l’héroïne. A l’image des deux premières minutes, le film est assez lent et se passe quasi en huit-clos. Le personnage principal tout comme le spectateur est enfermé dans cet univers. De plus, le réalisateur David Michôd filme ses acteurs de manière très resserré avec de nombreux ralentis et très peu de musique accentuant cette claustration.

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Les oncles de Joshua sont à la recherche d’une certaine grandeur alors qu’on se rend vite compte que ce ne sont que des petites frappes. La vraie terreur se joue entre les membres de la même famille. La mère a priori attendrissante est un monstre froid ayant une relation quasi-incestueuse avec ses enfants. Son miroir, Pope, est lui un être tout aussi monstrueux sauf que lui n’a même pas la réflexion suffisante quant à ses actes, presque loser n’ayant pas le charisme nécessaire pour fédérer autour de lui contrairement à sa mère. Dans ses rôles, Jacki Weaver et Ben Mendelsohn sont épatants. Joshua, a priori sans danger, à l’image d’Henry Hill dans les Affranchis, sera paradoxalement l’élément perturbateur qui va faire s’effondrer l’édifice démontrant la profonde faiblesse du système. L’empathie immédiate créée avec le personnage principal amènera le spectateur à lui-même à se poser la question du choix entre la famille et la justice qui vient en écho à une célèbre phrase de Camus.

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Film d’une extrême noirceur, remarquablement filmé, Animal Kingdom contient également les recettes d’un très bon film thriller avec une dose de scènes d’actions, des avocats véreux, un flic au-dessus de tout soupçon joué par le généreux Guy Pearce.

J-B Coriou.

MAN OF STEEL de Zack Snyder (2013)

avec Henry Cavill, Amy Adams, Russel Crowe, Michael Shannon, Kevin Costner, Diane Lane…..

Man of Steel

Avant d’aller voir Superman, plusieurs éléments rentraient en ligne de compte. Le film est produit par les frères Nolan et écrit par David S. Goyer, l’équipe responsable de la trilogie The Dark Knight. Ces trois films avaient clairement révolutionné le genre du super-héros avec un parti pris très sombre. On se doutait bien que ces trois larrons voulaient dépoussiérer le personnage et faire un film à l’opposé de ceux de Christopher Reeve. Le second élément est la parfaite connaissance par le spectateur de l’histoire de Superman. On se demandait si Snyder allait innover de ce côté. Enfin, le réalisateur est un cinéaste à la filmographie très inégale. De la réussite de L’Armée des Morts, à l’indigeste 300 ou au raté Sucker Punch, Snyder avait adapté avec réussite entre temps la BD de super-héros Watchmen, oeuvre très complexe déclarée inadaptable.

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La planète Krypton est sur le point de s’anéantir. Jor-El et sa femme Lara décide d’envoyer leur fils Kal-El, né naturellement et donc illégalement, vers la planète Terre pour sauvegarder leur espèce. Cet être possède un codex qui pourrait permettre de recréer le peuple de Krypton sur une autre planète.
Le conseil kryptonien, devant la rebellion du Général Zod, décide de l’envoyer lui et ses troupes dans la Zone Fantome. Ils parviennent à se libérer après l’explosion de Krypton. Leur but est maintenant de retrouver Kal-El pour à la fois recréer Krypton et anéantir l’espèce humaine sur terre. Recueilli par les époux Kent, Kal-El devenu Clark Kent, devra faire face à un choix pour soit sauver la planète soit recréer son espèce.

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Le réalisateur décide dans cette adaptation de la BD de Jerry Siegel de privilégier l’action au détriment de l’histoire. Après une première demi-heure ébouriffante sur la planète Krypton avec des plans d’une très grande beauté, Snyder décide de fonctionner par flash-backs pour raconter la jeunesse de Clark. On comprend bien la solitude du personnage principal et les difficultés de s’intégrer dans ce monde. David S. Goyer, à l’image de Batman et de SpiderMan, aime mettre le héros devant un choix capital à travers un parcours initiatique. Le scénario pourrait s’arrêter là car, après une deuxième demi-heure où on comprend les turpitudes du personnage, Snyder décide de s’amuser comme un enfant à tout casser à grand coup d’effets spéciaux.

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La qualité du film réside essentiellement dans sa réussite visuelle. Star Trek Into Darkness avait déjà mis la barre assez haute en terme de destruction mais rien à voir comparé au déluge de pyrotechnies dont fait preuve Snyder. Ainsi, New York est le terrain de jeu du Général Zod. Le 11 septembre 2001 est encore et toujours (trop?) bien ancré chez les scénaristes américains, cela ne fait aucun doute. On voit également le talent de Snyder dans la scène d’affrontement final entre Superman et Zod.

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Enfin, le casting est bien équilibré. Superman reste un personnage assez fadasse. On ne peut pas donc en vouloir à Henry Cavill qui s’en sort honorablement tout comme Amy Adams en Lois Lane copiant Claire Danes en Carrie Mathison dans Homeland. Michael Shannon joue parfaitement son rôle de méchant mégalomane. Et, il est toujours réjouissant de voir Kevin Costner et Russel Crowe à l’écran. Man of Steel est donc un divertissement assez jubilatoire.

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J-B Coriou

LE GRAND SAUT de Joel Coen (1994)

5ème film des frères Coen et co-écrit avec Sam Raimi, Le Grand saut est une satire féroce du système capitaliste américain d’après-guerre. Dans le New York des années 50, un jeune ingénu (Tim Robbins) du nom de Norville Barnes débarque de son Indiana natal après avoir obtenu son diplôme dans l’espoir de décrocher un job dans la Grosse Pomme. À l’image d’Arizona Junior, Le grand saut est une pure comédie grinçante où gags loufoques se mêlent intelligemment avec de graves enjeux dramatiques.
Norville Barnes est l’incarnation parfaite de l’individu dont les aspirations sont broyées par un système entièrement déshumanisé qui court sans cesse après le profit. Les immenses gratte-ciels symbolisent évidemment l’échelle sociale si difficile à gravir. Les grands patrons résident au sommet comme des dieux sur le mont Olympe tandis que les employés du service courrier s’agitent dans l’obscurité du sous-sol. Comme toujours, les Coen s’appliquent à exprimer nombre de leurs idées par l’image, la puissance symbolique de certaines scènes est tout simplement effarante.
Le suicide du grand patron d’Hudsucker Industries durant une réunion vient compromettre l’avenir de l’entreprise et de son conseil d’administration. En effet, les actions du chef d’entreprise suicidé seront mises en vente au public si la direction ne trouve pas un moyen de mettre la main dessus. Mussburger (Paul Newman) propose alors d’affoler les marchés en plaçant un pantin insignifiant au poste de président et faire ainsi baisser le prix des actions afin de pouvoir les racheter.

Le film met en exergue la sauvagerie du monde de la finance. Le grand saut dépeint un univers où l’individu ne compte plus tant il s’efface derrière des statistiques et des études marketing. Certains diront que la vision des Coen est ici caricaturale mais c’est grossissant le trait qu’on arrive parfois à mieux pointer du doigt les dérives d’un système.
Quand Norville Barnes se voit proposer le poste de président, il découvre en même temps que nous un univers barbare qui le façonne peu à peu jusqu’à le transformer en capitaliste féroce.
Dés lors, le film sombre peu à peu dans la mélancolie pour arriver à un final génial fortement teinté d’humour noir.
Le personnage de la journaliste (Jennifer Jason Leigh) qui enquête sur ce curieux personnage est à l’image du spectateur qui comme elle, est à la fois écœuré et fasciné par ce monde à part.Et comme toujours chez les frères Coen, les dialogues sont percutants et chaque personnage est magnifiquement écrit.
Pour conclure, le Grand saut est un film drôle, intelligent et parfaitement interprété. Difficile de le ranger dans une catégorie tant il mélange les genres mais le film reste néanmoins parfaitement cohérent de bout en bout. Enfin, la vision décalée du capitalisme que nous proposent les Coen est unique en son genre et totalement fascinante.

Ben SIVI

STAR TREK INTO DARKNESS de J.J Abrams (2013)

Après la très bonne surprise Star Trek de 2009, J.J Abrams remet le couvert pour une suite spectaculaire avec un vrai bon popcorn movie. A l’opposé d’un Nolan qui axait sa trilogie Dark Knight sur la noirceur du personnage, le réalisateur de Super 8 décide de faire un blockbuster fun sans très grande originalité scénaristique. Mais est-on venu voir un drame shakespearien ? La réponse est clairement non.
Star Trek Into Darkness suit le parcours de John Harrison, terroriste assoiffé de vengeance et prêt à tout pour détruire StarFleet. Ce dernier, à la suite d’un attentat retentissant, décide de se cacher auprès des Klingons, peuple ennemi en guerre avec Starfleet. L’équipage de L’Enterprise avec à sa tête le capitaine Jim Kirk et son second Spock sont mandatés par l’institution de retrouver Harrison en territoire ennemi. La chasse à l’homme galactique peut commencer.

Les trois grandes réussites du film reposent premièrement sur le déluge pyrotechnique hallucinant qui ne laisse aucun répit au spectateur, le tout teinté d’un certain humour. La seconde réussite est de n’avoir pas cherché à dramatiser à outrance la narration mais faire passer ces idées par l’image (comment ne pas penser au 11 septembre lors de la scène finale). En effet, les scénaristes américains cherchent à distiller des éléments sérieux dans des blockbusters mais tombent régulièrement dans le grotesque.
Enfin, les superproductions doivent leurs succès à l’interprétation du méchant de service. Saluons donc la performance magistrale de Benedict Cumberbatch en bad guy testostéroné qui ridiculise Chris Pine à chaque affrontement physique ou verbal.

Le scénario assez conventionnel pour un blockbuster rejoint les thèmes spielbergiens chers à J.J Abrams en l’occurence la famille, valeur refuge lorsque le chaos s’installe dans la société. La famille de Jim Kirk, c’est l’Enterprise.

J-B Coriou

Star Trek Into Darkness est une vraie réussite visuelle doublé d’un divertissement très fun qui plaira à la fois aux fans de Star Trek et aux amateurs de blockbusters spectaculaires. C’est un film qui va redonner de l’espoir à tous les afficionados de space-opera à la sauce Star Wars, genre que J.J Abrams et son équipe sont en train de ressusciter avec brio.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film n’est pas avare en scènes d’action. Que ce soit dans des combats spatiaux épiques ou dans des affrontements dantesques sur la planète Terre, nos personnages ne semblent jamais vraiment reprendre leur souffle. C’est là où réside également le principal défaut du film, le rythme est si effréné que les protagonistes ne prennent quasiment jamais le temps de discuter des enjeux. On assiste donc à un spectacle éblouissant de beauté mais dont l’intrigue reste trop simple et galvaudé pour que le film marque véritablement l’Histoire de la science-fiction au cinéma.

Cette suite est néanmoins plus réussie que son prédécesseur qui était un peu miné par un humour bas-du-front qui décrédibilisait certains de ses personnages. L’acteur qui interprète James T.Kirk est toujours aussi tête à claques mais le reste du casting est impeccable à l’image de Benedict Cumberbatch qui crève littéralement l’écran en méchant froid et calculateur. L’ensemble n’augure que du bon pour l’episode VII de Star Wars qui devrait sortir sur nos écrans courant 2015.

Ben SIVI

MINORITY REPORT de Steven Spielberg (2002)

avec Tom Cruise, Max Von Sydow, Colin Farrell, Samantha Morton, Kathryn Morris….

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Après le demi-succès critique et public d’A.I : Intelligence Artificielle un an auparavant, Steven Spielberg décide à nouveau de s’attaquer à un film de science-fiction en se servant cette fois-ci d’un roman éponyme de Philip K. Dick. Nombre de ses romans ou nouvelles comme Blade Runner, Total Recall ou A Scanner Darkly ont été portés à l’écran. Minority Report nous plonge en 2054 dans la ville de Washington où le crime a été éradiqué. Le policier John Anderton dirige le département de PréCrime. Ce système repose sur l’arrestation de criminels avant qu’ils n’aient commis leurs crimes. Pour cela, trois individus précognitifs rassemblent leur vision pour prédire le futur crime. Anderton a voué sa vie à cette structure à la suite de la perte de son enfant enlevé six ans auparavant. Un jour, John visualise la futur scène d’un crime qu’il doit lui-même commettre d’un individu qu’il ne connait pas. S’enclenche alors une véritable course-poursuite pour John devant échapper à PréCrime tout en cherchant à connaitre sa future victime.

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Le film de Spielberg est d’abord une réussite visuelle indéniable. La représentation du monde futuriste proposée n’est pas extravagante mais plutôt un prolongement des inventions d’aujourd’hui (les voitures, les scans des yeux, les écrans pouvant se manipuler avec les mains). Ce monde est subjugué par la superbe photographie tantôt grisonnante tantôt hyper lumineuse de Janusz Kamiński. Des plans absolument bouleversants sortent ainsi de la caméra de Spielberg donnant une vision quasi divine de cette histoire ( notamment lorsque Anderton porte une des précogs Agatha (Samantha Morton) avant son probable futur meurtre). On est aussi fasciné par la volonté de Spielberg de ne jamais se répéter. Ainsi les mêmes lieux seront filmés de manière différente à chaque nouvelle scène pour éviter une redondance.

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De plus, le réalisateur n’a pas son pareil pour maintenir une tension permanente pendant toute la durée du film. Il ne faut pas oublier le côté entertainer intrinsèquement lié du au parcours du metteur en scène. Il distille quelques scènes d’actions et de suspense de temps en temps pour divertir le spectateur et là aussi, chaque scène est remarquablement filmé. (La caméra survolant toutes les chambres du même hôtel pour retrouver Anderton par exemple).

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Au-delà de la réussite formelle, Minority Report appelle à une véritable réflexion philosophique. Au-delà des scènes d’action nécessaires pour un blockbuster, Spielberg interroge le spectateur sur la possible remise en cause des individus sur un système qui parait infaillible. Est-il capable de le faire ou est-ce que l’individu préfère s’illusionner et s’arranger avec la vérité? La grande réussite du film est d’apporter une réponse claire à cette question. Non, l’homme doit constamment remettre en cause le système dans lequel il vit et auquel il croit pour ne pas tomber dans un état totalitaire. Implacablement, Spielberg reste le maître du divertissement intelligent. La Guerre des Mondes sorti trois ans plus tard avec toujours TomCruise apportera une vision encore plus sombre de notre humanité.

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J-B Coriou.

PALE RIDER de Clint Eastwood (1985)

avec Clint Eastwood, Michael Moriarty, Carrie Snodgress, Chris Penn, Richard A. Dysart, Sydney Penny….

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Clint Eastwood a toujours été à contre-courant de la grande machine hollywoodienne. Alors que le genre du western n’était plus à la mode, le réalisateur décide de monter un projet autour d’un personnage qui fait clairement penser à l’homme sans nom issu de la Trilogie du dollar réalisé par Sergio Leone. Pour cela, Eastwood décide de proposer un remake de l’Homme des Vallées Perdues de George Stevens de 1953. On suit l’histoire des derniers chercheurs d’or dans le fin fond de la Californie. Les habitants de cette petite bourgade sont menacés par le puissant Coy LaHood (Richard A. Dysart), magnat et exploitant d’une mine d’eau, dont le but est de récupérer leurs terres. Après une énième intimidation, un cavalier solitaire (Clint Eastwood) sorti de nulle part décide d’aider les habitants pour garder leurs terres. Il sera accueilli par Hull Barret (Michael Moriarty), le chef du village. LaHood décide de faire appel à des tueurs impitoyables pour régler la situation.

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Le personnage d’Eastwood est à première vue la copie conforme de son personnage chez Leone. Sans nom et sans histoire, l’acteur-réalisateur a voulu tout de même introduire un vrai côté christique à son histoire. En effet, le cavalier solitaire est un pasteur qui sera appelé ‘priest’ tout le long du film. Sa première apparition à la suite d’une prière de Mélanie (Sydney Penny) renforce le parti pris d’Eastwood de faire un film touché par la divinité et de se mettre du côté du mythe. Tout au long de son film, le metteur en scène nous le rappellera : son corps lacéré, le travail manuel pénible, le figure du sauveur.

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Cependant, nous sommes dans un film d’Eastwood avec toutes les traditions du genre. Le film égrène donc une partie de l’histoire des Etats-Unis (ici les derniers chercheurs d’or). Il est violent et ambigue. Eastwood légitime la violence intrinsèquement liée à l’histoire américaine dans une dernière scène tragique mais évidente. Et pourtant d’un vigilant movie, un humanisme naît de cette histoire à travers le destin de ces villageois et notamment les deux personnages féminins. Eastwood alterne parfaitement les moments de pur cinéma d’action avec les moments intimistes qui placent le spectateur dans une vraie réflexion.

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On retrouve également une figure du héros très forte, très bad-ass attitude mais toujours avec un très grand humanisme. A l’image de Gran Torino, le réalisateur met en exergue le thème du passage de témoin à travers le personnage de Hull (idem pour Bee Wang dans GT). Le dernier baroud d’honneur du cavalier solitaire est un exemple pour le villageois qui pourra transmettre son expérience à la future génération. Enfin, Eastwood, simplement par sa présence, électrise le film dès qu’il apparait sur l’écran comme à chacun de ses films.

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J-B Coriou.

ROSEMARY’S BABY de Roman Polanski (1968)

avec Mia Farrow, John Cassevetes, Ruth Gordon, Sidney Blackmer, Maurice Evans, Ralph Bellamy……

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Peu avant l’arrivée du cinéma d’horreur gore et sanglant dans les années 70, Roman Polanski réalisa dès son premier film hollywoodien, son chef d’oeuvre de l’angoisse avec la jeune Mia Farrow (mention spéciale à son interprétation remarquable et flippante de bout en bout) et John Cassavetes. Rosemary’s Baby est un film totalement paranoïaque où la tension monte crescendo jusqu’à l’épilogue final totalement irrespirable. Polanski prend des symboles forts et universels à priori fédérateurs comme le couple, l’enfant ou la bienveillance des personnes âgés pour totalement les retourner et ainsi laisser le spectateur perdre entièrement ses repères et en être totalement déboussolé.

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On suit l’histoire de Rosemary, jeune femme au foyer et son mari Guy, jeune acteur médiocre. Ce couple à priori idyllique vient d’emménager dans un nouvel appartement à New York où de nombreuses histoires sinistres accompagne sa réputation. Ils sont immédiatement accueillis par leurs voisins plus âgés, Roman et Minnie Castevet qui les prennent sous leurs ailes de manière assez encombrante. A la suite d’une nuit très agitée où elle s’est évanouie à côté de Guy, Rosemary découvre qu’elle est enceinte. Les ennuis débutent pour elle. Physiquement atteint par sa grossesse, elle commence à se poser des questions sur son entourage à la suite de découvertes plutôt inquiétantes sur les pratiques sataniques de leur voisins ainsi que sur l’évolution fulgurante de la carrière de son mari.

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Le film débute sur un long prologue : on y voit un jeune couple à l’aune de leur nouvelle vie maritale. De nouveaux défis s’offrent à eux et rien ne pourrait gâcher cette histoire d’amour. Mais sous cette ambiance sereine, Polanski arrive furtivement à nous mettre mal à l’aise à travers le couple Castevet ou cet appartement aux histoires sordides filmé d’une manière très classique. Le début de la grossesse marque la fin de ce classicisme et le début d’une nouvelle ère (Pour l’Amérique?). A l’image de Rosemary, le réveil sera très difficile.

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Ce changement sera tout d’abord physique : elle se coupe les cheveux et devient cadavérique. Elle a de nombreuses convulsions pendant sa grossesse. Elle sent le mal en elle grandir. Puis le changement est mental. Rosemary se méfie de tout le monde et est de plus en plus seule. Allégorie de l’Amérique en pleine Guerre du Vietnam et son isolement, le film est également une réflexion sur l’idée du complot et de la paranoïa ambiante de l’époque. Rosemary’s Baby est dans la tradition des films d’horreur dénonçant le système à l’image d’un Massacre à la Tronçonneuse et de La Colline a des Yeux. La propre monstruosité est créé par l’Amérique elle-même, en l’espèce ici le monstre invisible né de Rosemary. La dernière demi-heure est un chef d’oeuvre de mise en scène captant au plus près cette ambiance devenue totalement malsaine ainsi que les émotions du personnage principal.

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J-B Coriou