LA VALSE DES PANTINS de Martin Scorsese (1983)

avec Robert de Niro, Jerry Lewis, Diahnne Abbott, Sandra Bernhard, Shelley Hack, Frederick De Cordova…

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Après Sidney Lumet et son sublime Network en 1976, Martin Scorsese nous livre une critique acerbe des médias à travers son neuvième long-métrage avec son acteur fétiche de l’époque Robert de Niro et Jerry Lewis pour son premier rôle dramatique. Très méconnu dans la filmographie du réalisateur new-yorkais, La Valse des Pantins est très différent des réalisations antérieures de Scorsese à l’image des violents Taxi Driver et Raging Bull mais avec toujours la même thématique : raconter les Etats-Unis à travers différents prismes en l’occurrence ici la puissance de l’image.
Rupert Pupkin (Robert de Niro) n’a qu’une obsession dans la vie : passer dans l’émission télévisée de Jerry Langford (Jerry Lewis) afin de montrer son talent de comique. Après avoir rencontré son idole, Pupkin est persuadé que Langford va faire appel à lui pour participer à son show. Devant l’absence de réponse, il décide de passer à l’action pour arriver à ses fins avec l’aide de Masha, une autre fan inconditionnel de Jerry.

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Le superbe et apaisant générique du film (Come rain and come Shine de Ray Charles) intervient après une scène d’hystérie collective à la sortie de Jerry de son émission. Le film sera donc construit sur le contraste et l’absurdité des situations. Les personnages construits par le scénariste Zimmermam sont le principal intérêt du film. Pupkin est un personnage qui est en soi pathétique, persuadé d’avoir un talent comique inégalé. Ainsi, Rupert n’hésite pas à s’introduire dans la maison de Jerry persuadé que ce dernier l’attend pour bavarder business avec lui ou débarquer dans les locaux du présentateur vedette à l’improviste pour solliciter une entrevue malgré de nombreux refus. Toutefois, Scorsese garde une certaine distance par rapport au personnage. Ce choix permet au spectateur de comprendre ce protagoniste qui vit en dehors de la réalité.

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Jerry, lui, est un être tout aussi pathétique : il méprise le public qu’il l’a fait roi. L’image qu’il renvoie au public à travers le poste de télévision est l’antithèse de son comportement privé très hautain et bourgeois. Pourtant dans ce système médiatique, c’est l’image qui prévaut pour le public. Elle est plus forte que la réalité. Pour nous démontrer son propos, Scorsese joue habilement avec le rêve et la réalité. Pupkin imagine régulièrement les discussions qu’il pourrait avoir avec Jerry une fois leur duo formé. On y voit un Jerry charmant, à l’image de son rôle de présentateur télévisuel jouant sur un même pied d’égalité que Pupkin. La fin absolument cruelle vient compléter la thèse de Scorsese.

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Ce qui est aussi passionnant, c’est le regard posé par Jerry sur ces personnages qui confondent totalement la réalité et la fiction. Il est au coeur de ce système et ces individus lui renvoient en pleine figure les dérives de ledit système. Il porte ainsi un regard à la fois apeuré mais lucide sur les ‘monstres’ que la télévision et à fortiori son émission, ont crées.
Il faut noter la performance totalement hallucinante dans ce film de Robert de Niro qui, après Raging Bull, est parfaitement crédible en gentil loser qui parviendra à ses fins malgré lui.

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J-B Coriou

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VAMPIRES de John Carpenter (1998)

Avec: James Woods, Sheryl Lee, Daniel Baldwin, Maximilian Schell, Thomas Ian Griffith, Tim Guinee, Mark Boone Jr.

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Jack Crow (James Woods) et son équipe, sont chargés par le Vatican, de nettoyer les nids de vampires existants aux Etats-Unis. Au cours d’une de leur mission, ils liquident une dizaine de goules mais ne trouvent pas leur maitre. Celui ci n’est autre que Valek (Thomas Ian Griffith), le père de tous les vampires. Le soir même, il se dirige vers le motel qui héberge les tueurs de vampires et massacre ces derniers. Seuls Crow, Montoya (Daniel Baldwin) et Katrina (Sheryl Lee), une prostituée mordue par Valek, réussissent à s’en tirer. Cependant, il semble que le Maitre n’est pas mu par la vengeance, il est à la recherche d’un artefact détenu par l’Eglise Catholique.

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Peu après Los Angeles 2013, Carpenter pense mettre fin à sa carrière de réalisateur. Il est alors approché afin d’adapter le roman de John Steakley, Vampire$. Intéressé par le projet, il y voit l’opportunité d’incorporer des vampires dans un western. Avec ce long métrage, Carpenter dépoussière les codes du genre, en effet on est bien loin des vampires fardés, portant des chemises à jabot d’ « Entretien avec un Vampire ». Ici ils sont brutaux, capables de décapiter un homme rien qu’avec leurs mains. Pas question d’essayer de les arrêter avec un collier d’ail ou un crucifix, ou de compter sur le caractère sanctifié d’une église. Les seuls moyens en la possession des protagonistes sont le pieux dans le cœur ou l’exposition au soleil.

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Le filtre utilisé donne au film cet aspect crépusculaire, aidé par les paysages du Nouveau-Mexique. Le mélange des genres entre film de vampires et westerns, assez hasardeux au premier abord, est franchement réussi. Porté par un casting convaincant, James Woods en particulier, avec un rôle taillé à sa mesure de « badass motherfucker » à la Snake Plissken. Carpenter fait preuve d’imagination (comme toujours) avec par exemple le harponnage des vampires avec un carreaux d’arbalète relié à un câble tiré par une voiture.

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Le mythe du vampire est très largement utilisé par le 7ème art depuis sa création. On se souvient surtout du personnage de Dracula, incarné entre autre par Bela Lugosi et Christopher Lee dans les films de la Hammer (très certainement une source d’inspiration pour Carpenter). Mais comme d’habitude Big John est capable d’utiliser du vieux pour faire du neuf et redonne un second souffle au genre. D’abord proposé à Russell Mulcahy (réal de Highlander, Highlander II, Resident Evil: Extinction…) avec Dolph Lundgren (on ne le présente plus) c’est finalement le « Maître de l’Horreur » qui héritera du projet. Et c’est tant mieux, on passe du nanar assuré à un film trippant du début à la fin et surtout le dernier bon film en date du réalisateur (Vampires est suivi de Ghost of Mars en 2001 et du décevant The Ward en 2011). Incontestablement un des meilleurs films de vampires avec Nosferatu de Murnau et Morse de Tomas Alfredson.

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Marc-Antoine Ravé.

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HUNGER de Steve McQueen (2009)

Avec: Stuart Graham, Laine Megaw, Brian Milligan, Liam McMahon, Karen Hassan, Michael Fassbender, Helen Madden, Des McAleer, Liam Cunningham.

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Le film se déroule dans la Prison de Maze, en Irlande du Nord, durant les « Blanket » et « No Wash » Protests. Les membres de l’IRA incarcérés refusaient de porter l’uniforme de droit commun, et voulaient être reconnus comme prisonniers politique par le gouvernement britannique.

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La mise en scène épurée de McQueen, le peu de dialogues (il faut attendre 9 minutes 30 avant que le premier acteur parle) intensifient l’atmosphère glacée du système pénitentiaire . Les prisonniers sont vus comme des ennemis par les matons qui n’hésitent jamais à faire preuve de zèle et les tabasser au moindre signe de résistance. Les détenus refusant de porter l’uniforme sont conduits nus dans leur cellule avec une simple couverture. Ne possédant pas d’autres moyens de protestations que par le bruit et l’odeur, ils tapissent les murs de leurs excréments, et vident des gobelets d’urine dans les couloirs. Ils sont cependant les premiers à en souffrir, les conditions de détentions sont déplorables.

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Il est difficile de concevoir qu’un Gouvernement ait pu autoriser ce genre de comportements de la part de son personnel pénitentiaire. Les droits les plus élémentaires de ces hommes sont bafoués sans le moindre scrupule. L’une des scènes les plus dure du film reste quand même la « visite médicale », où les matons équipés de boucliers et de matraquent forment une haie dans laquelle on envoie Bobby Sands (Michael Fassbender) et ses camarades pour y être systématiquement frappés, certainement l’un des seuls moments où l’on voit apparaitre un semblant d’empathie de la part d’un gardien.

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Aux doléances des prisonniers, la réponse du gouvernement ne consiste qu’en deux extraits de discours de Thatcher. Elle fait comprendre qu’il n’y aura aucun compromis avec ces « terroristes », à cela s’ajoute la brutalité dont font preuve les gardiens. Le seul « dialogue » est le rapport de force constant entre gardiens et détenus.

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McQueen évite tout voyeurisme, ce qu’on y voit peut paraitre excessif, mais il ne fait aucun doute que le réalisme est bien présent. Les sentiment de haine et de violence dépeints dans le film, entre Loyalistes et Républicains , sont profondément enracinés depuis des siècles en Irlande. Preuve est faite avec « Hunger » qu’il existe de la beauté dans la laideur: un bel hommage rendu à ces hommes qui on tout sacrifié à leurs idées. On saluera l’interprétation de Michael Fassbender dans le rôle de Bobby Sands ainsi que celle de Liam Cunningham dans un plan séquence de près de 20 minutes, magistral.

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Marc-Antoine Ravé.

LE CORBEAU de Henri-Georges Clouzot (1943)

Avec: Pierre Fresnay, Ginette Leclerc, Micheline Francey, Héléna Manson, Pierre Larquey, Noel Roquevert, Bernard Lancret.

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Un maitre chanteur, désireux de nuire à la réputation du Docteur Germain (Pierre Fresnay), fait parvenir des lettres calomnieuses, signées Le Corbeau,  aux habitants de St Robin. Ce qui semble être au premier abord une vendetta dirigée contre le médecin, prend des allures de règlement de compte général.

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Le thème de la dénonciation anonyme soulevé ici, prend une signification particulière, puisque le film, sortit en 1943, est tourné en pleine occupation allemande. Le film s’ouvre sur une simple phrase, au premier abord :  » Une petite ville, ici ou ailleurs… » En effet si l’action se déroule à St Robin, une bourgade de province semblable à beaucoup d’autres à l’époque, le réalisateur reste vague dans la location géographique du lieu. Ce parti pris, fait immédiatement surgir l’importance du sujet traité : la délation.

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Les lettres calomnieuses sont d’abord accueillies avec circonspection et même avec dérision. Puis le doute s’installe, puisqu’on y découvre un fond de vérité. Alors la méfiance s’installe entre les habitants, les notables sont dépassés par les évènements, tout le monde est coupable. Jusqu’à ce qu’on trouve le coupable idéal et qu’on se précipite pour le lyncher publiquement. Comment alors ne pas directement faire le lien avec la fin du Gouvernement de Weimar et des prémices du régime Nazi, et de ses pogroms (la Nuit de Cristal, entre autre).

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D’autre part on ne peut s’empêcher de penser aux méthodes utilisées par l’occupant, « diviser pour mieux régner », faire naitre la méfiance entre les habitants des pays occupés, attiser les tentions déjà existantes, la jalousie, l’envie et favoriser la dénonciation. C’est le cas ici, lorsque l’on connait le motif ridicule du « Corbeau », celui ci n’hésite pas à pousser un malade au suicide, et à faire naitre la haine dans le cœur de ses concitoyens, afin de régler une affaire personnelle.

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Clouzot, traite son sujet à fond, en rendant compte de son époque avec justesse, sans le situer géographiquement ou temporellement, les personnages sont présentés de manière incisive par le metteur en scène. Si le film a été critiqué par le Parti Communiste Français et la Résistance, selon eux, parce qu’il dénigrait le peuple français. Aujourd’hui, on ne peut qu’apprécier ce traitement des personnages, puisqu’il décrit de manière assez réaliste le comportement d’une certaine catégorie de la population à l’époque.

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Marc-Antoine Ravé.

ONLY GOD FORGIVES de Nicolas Winding Refn (2013)

Only God Forgives de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Vithaya Pansringarm….

Julian (Ryan Gosling) est directeur d’un club de boxe en Thaïlande et accessoirement trafiquant de drogue. Lorsque son frère Billy est massacré, sa mère, Crystal, débarque à Bangkok pour se venger. Ses contacts lui permettent de retrouver le policier (Vithaya Pansringarm) qui a permis le meurtre de Billy. Un déchaînement de violence va ainsi s’abattre sur les principaux protagonistes.

POUR :

Only God Forgives est la deuxième collaboration du réalisateur Nicolas Winding Refn, réalisateur d’une trilogie trop méconnue (Pusher) et de l’acteur mutique Ryan Gosling après Drive. Le principal attrait du film est évidemment son style au détriment du scénario. On pense très vite à l’ambiance d’Enter The Void de Gaspard Noé qui, pour l’anecdote, est venu régulièrement sur le tournage de OGF.

La première brillante idée du film est la volonté de Refn de rompre avec son chef d’oeuvre de 2011. Toutefois quelques similitudes apparaissent dès le début du film avec un style ultra-léché et fortement symbolique (le choix d’une image rouge et sombre) mais de manière encore plus flagrante que Drive. Refn use (et abuse?) des ralentis, des plans fixes et de zooms, le tout faisant penser à des tableaux figuratifs à l’image d’un Kubrick dans Barry Lindon. Ainsi le film, bien que d’une durée d’1h30, est d’une très grande lenteur. La comparaison ne s’arrête pas là. En effet, on note l’absence de dialogues, l’image très érotisée et la superbe musique de Cliff Martinez (notamment lors de l’affrontement à mains nues entre Julian et le policier), se suffisant à eux-mêmes.

L’histoire est une reprise des thèmes abordés par Refn dans Pusher, en l’occurrence le poids de la famille à l’image d’un Mads Mikkelsen dans Pusher 2. Ici le personnage de Kristin Scott-Thomas est l’élément castrateur pour Julian, le tout sur fond de rivalité fraternelle. La scène du repas est en fait la scène la plus scénarisée du film, la plus glaçante également et ainsi on comprend les véritables enjeux de cette histoire a priori basique mais finalement très profonde.

Enfin ll faut souligner la très grande violence du film qui pourra mettre mal à l’aise certains spectateurs à l’image de Pusher 3 et de sa scène finale. Refn ne nous épargne rien. Bien au contraire, les scènes de violence sont extrêmement démonstratives et sanguinaires.

J-B Coriou

CONTRE:

Oh la belle déception que voilà ! Prétentieux et ultra creux, Only god forgives est un trip esthétique soporifique et déconcertant. A force de trop vouloir rompre avec le style de son précédent film Drive, le metteur en scène se perd dans une histoire à peu prés aussi intéressante qu’une pub pour parfum et dans un style visuel trop léché pour produire le moindre effet.

Il est intéressant de noter que Winding Refn avait offert au monde les trois films de gangsters les plus brillants de ces quinze dernières années avec sa trilogie Pusher. Quasiment filmé comme un documentaire, Pusher mettait en scène trois truands danois perdus dans un monde de vices et de violence. L’impact émotionnel de ces trois films est immense car le metteur en scène permettait à la fois au spectateur de s’imprégner de l’atmosphère poisseuse des bas-fonds de Copenhague mais surtout de s’intéresser véritablement au sort des personnages en leur donnant une vraie épaisseur. Dans Only God Forgives, la mise à distance est trop importante et les dialogues trop inexistants pour que le spectateur soit d’une quelconque manière impliqué émotionnellement. Résultat, Winding Refn perd rapidement l’attention de son spectateur avec ce film pourtant très court sur le papier.

Only God Forgives est en réalité un film quasi-inclassable qui ressemble d’avantage à un exercice de style comme l’était Valhalla Rising (trip nordique ultra-barbant de Winding Refn datant de 2010) qu’à un pur film de gangsters. Même les scènes de violence, qui sont pourtant la marque de fabrique du metteur en scène, peinent à réveiller le spectateur tant leur mise en scène est pompeuse.

De plus, le film baigne dans une lumière rouge insupportable qui donne l’impression que ses personnages évoluent dans une chambre noire qui sert à développer des photos. Et si vous vous attendiez comme moi à des scènes impressionnantes de boxe Thaï, louez-vous plutôt Ong Bak, c’est certes moins bien filmé mais ça a le mérite de ne pas endormir son spectateur avec des plans interminables de Kristin Scott Thomas en train de fumer.
Bref, Only God Forgives est un film concept faussement subversif qui privilégie la forme au fond au grand dam du spectateur qui lutte pour garder les yeux ouverts.

Ben SIVI

CONVERSATION SECRETE de Francis Ford Coppola (1974)

Conversation secrète est un film d’espionnage réalisé en 1974 par le cinéaste virtuose Francis Ford Coppola. Le film se caractérise avant tout par sa profonde sobriété tant en termes de mise en scène qu’au niveau de l’interprétation. Il y a en effet très peu de mouvements de caméra ou d’artifices de ce genre dans le film. La mise en scène est quasi-théâtrale, Coppola pose simplement sa caméra et laisse ses personnages s’exprimer.
Le film débute par une scène d’écoute dans laquelle un expert de la filature du nom d’Harry Caul (Gene Hackman) tente tant bien que mal d’enregistrer une conversation entre un homme et une femme. Si la conversation est au départ d’une banalité apparente, elle va se révéler être un échange entre deux protagonistes qui craignent pour leur vie. La clé du récit réside dans le fait qu’Harry parvient à décrypter la conversation et à en capter son véritable sens.
Harry Caul est un personnage sérieux et discret qui ne semble pas avoir de réelle existence en dehors de son travail. Caul passe en effet sa vie à observer et à écouter les autres tant et si bien que sa propre existence passe au second plan. C’est un personnage toujours situé en retrait qui a l’habitude d’évoluer dans l’ombre.

Si il s’intéresse tout particulièrement à cette affaire et refuse de remettre les enregistrements à son employeur, c’est qu’il juge la situation très dangereuse. En effet, il ne veut guère porter la responsabilité quant au malheur qui pourrait s’abattre sur le jeune couple. Il s’agit ici d’un véritable examen de conscience pour Harry, dont le personnage se trouve toujours accablé par la mort d’une famille quelques années plus tôt du fait de ses enregistrements.
L’interprétation de Gene Hackman est ici sidérante. Lui qui avait remporté l’Oscar du meilleur acteur avec son rôle de flic nerveux et violent dans French Connection, il joue ici avec brio un personnage taciturne et secret. Harry Caul est un protagoniste complexe que personne ne parvient véritablement à cerner y compris ses plus proches collaborateurs. D’une certaine manière, Harry fait corps avec son travail, comme le montre la scène où il fait l’amour à une jeune femme tout en écoutant les enregistrements.
Il est important de noter que Conversation secrète est pour Coppola une œuvre intimiste et personnelle. Le film correspond d’avantage au côté auteuriste du cinéaste, lui qui digérait tant bien que mal l’immense succès du Parrain.

Le film est formidablement construit, Coppola délivre un à un les indices au spectateur avec une cadence parfaite. Le cinéaste semble également exceller quant à la direction d’acteurs qui sont tous ici plus brillants les uns que les autres. Coppola ne perd également jamais son sujet de vue et ne s’embarrasse pas de digressions inutiles.
Pour conclure, ce film fascinant remportera la Palme d’Or en 1974 et contribuera à asseoir la réputation du cinéaste à travers le monde.

BEN SIVI

ZERO DARK THIRTY de Kathryn Bigelow (2012)

Avec Jessica Chastain, Jason Clarke, Joel Edgerton, Mark Strong, Chris Patt, Kyle Chandler….

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Contre toute attente, Démineurs, réalisé en 2009 par Kathryn Bigelow, avait remporté six oscars dont le plus prestigieux, celui du meilleur film. Ce film, ultra réaliste et magnifiquement réalisé, suivait le quotidien des soldats ayant pour mission de désamorcer les engins explosifs pendant le conflit irakien. Trois ans plus tard, la réalisatrice décide avec toujours son scénariste attitré Mark Boal de relater la traque de Ben Laden à travers tout le Moyen-Orient, sujet au combien compliqué du fait de la proximité temporelle de ce fait intervenu un an auparavant. La grande qualité du film est d’avoir construit un scénario cohérent en sélectionnant les faits et les personnages d’une chasse à l’homme de plus de 10 ans.

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A l’image de Démineurs, Bigelow nous plonge immédiatement au coeur du sujet sans aucun round d’observation. Son cinéma est très factuel, le sentimentalisme y est exclu. Ainsi on ne connait pas les personnages et on en connaitra pas plus à la fin du film. On aura seulement la réalité du style de vie des agents de la CIA. Ils sont tournés vers un seul but : trouver Ben Laden. La morale y est donc exclue. Ce ne sont surtout pas des héros. Aucune réflexion n’est apportée sur le conflit du Moyen-Orient ou la géopolitique en général. C’était une des forces déjà de son précédent film et de ce film-là. Bigelow ne veut pas idéaliser cette mission américaine. En connaissant la fin du film, le spectateur pourrait clairement se poser la question de l’intérêt d’un tel film au détriment d’un documentaire. Toutefois, Bigelow arrive à insuffler une vraie tension, ce qui reste le plus grand défi pour ce style de film.

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L’originalité du film (et finalement de l’Histoire) est que cette enquête va être menée par Maya (Jessica Chastain), une femme dans un univers traditionnellement réservé aux hommes. Ainsi, dans la quasi-totalité du film et particulièrement lors l’explication de l’assaut final, Maya est entourée de robustes soldats et d’officiels en costard cravate. On peut clairement y voir une allégorie sur la propre vie de la réalisatrice au sein du dispositif hollywoodien. C’est par sa ténacité et sa liberté qu’elle parviendra à ses fins. Dans ce rôle, Jessica Chastain est charismatique à souhait alternant les moments de grande fragilité, souvent en plan fixe et des moments très durs inhérents à sa fonction.

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L’achèvement du film est un modèle de réalisation de films d’action. La réalisatrice plonge d’abord le spectateur dans l’hélicoptère de manière antithétique d’un Apocalyspe Now grandiloquent puis organise un huis-clos angoissant dans la maison du terroriste le plus recherché du monde. Le choix de Bigelow de filmer depuis le regard des soldats à travers leurs lunettes infrarouges est très clairvoyant. De ce fait, l’introspection est totale et la tension maximum grâce au movement de caméra permanent. Enfin, les cinq dernières minutes sont bouleversantes et sont le moment le plus abouti en terme de dramaturgie et fait écho au face-à-face entre elle et James Gandolfini : – What else have you done for us? Besides Bin Laden? – Nothing, I’ve done nothing else. Cette quête était l’essence même de la vie de Maya. Désormais elle devra vivre sans et seule.

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J-B Coriou