LE POINT DE NON-RETOUR de John Boorman (1967)

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‘-What do you want Walker ? -I want my money’
Second film du réalisateur John Boorman, Le Point de non-retour est une adaptation d’un roman de Donald E. Westlake transposé une seconde fois de forte belle manière par Brian Helgeland sous le titre Payback avec Mel Gibson en 1999.
On suit l’histoire de Mal Reese (John Vernon) un petit gangster dans la ville de Los Angeles. Devant une importante somme d’argent à une organisation mafieuse, ce dernier fait appel à Walker (Lee Marvin) et sa femme Lynn (Sharon Hacker) pour commettre un braquage de convoyeur de fonds à Alcatraz. Devant le succès de l’entreprise, Reese décide de supprimer Walker avec l’assentiment de Lynn qui est devenu entre temps sa maitresse. De manière miraculeuse, Walker survit et décide de récupérer son argent qui est maintenant au main de l’organisation. Dans cette quête, il sera aidé par la soeur de Lynne, Chris (Angie Dickinson) et par un mystérieux personnage du nom de Yost.

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Il est intéressant de comparer la version de 1999 qui est nettement plus violente que la version de 1967. Ici, le début du film est très déstructuré où Boorman joue avec les temps de la narration. Ainsi, les vingts premières minutes du film mêlent différentes époques avec de très courts flashbacks faisant immédiatement penser à la Nouvelle Vague du cinéma européen. Boorman ne se prive pas d’ailleurs tout au long du film d’user et d’abuser des ces mini-flashbacks.

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Le film s’inscrit dans le présent suite à ce long préambule. On pourrait s’attendre à partir de ce moment à un film de vengeance primaire comme nombreux films noirs de la période classique américaine. Toutefois, le spectateur est désarçonné par la motivation du personnage de Walker ce qui en fait la plus grande réussite du film. En effet, il cherche avant tout à récupérer son argent. Ainsi, dit-il d’une manière quasi-naïve au grand patron de l’organisation qu’il veut simplement récupérer ses 93 000 dollars. L’argent est devenu l’alpha et l’omega de la vengeance de Walker qui démontre la naissance d’une société consumériste née dans les années 60. Il ne cherche pas une rédemption quelconque ou à s’améliorer. C’est une motivation primaire.

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L’autre thème abordée du film est que les temps ont changé et la société est maintenant sclérosée. Ainsi l’organisation est à l’image de la société américaine de l’époque : chacun a sa place dans un dispositif et les visages sont inconnus. Cependant, Boorman apporte une lueur d’espoir en faisant du personnage de Walker le grain de sable qui peut changer la donne dans un environnement établi. Cette lueur sera néanmoins contredite pas la scène finale.

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Enfin, le personnage principal campé par Lee Marvin nous fait exactement penser à Clint Eastwood dans l’Inspecteur Harry, ‘le seul contre tous’ cher aux américains. En personnage n’ayant plus à rien à perdre, taciturne, obstiné, minimaliste, dépassé par son époque et dénué de sentiments, Marvin est simplement parfait. Mention spéciale également à la magnifique Angie Dickinson.
J-B Coriou

LES DUELLISTES de Ridley Scott (1977)

Avec: Harvey Keitel, Keith Carradine, Albert Finney, Edward Fox, Cristina Raines, Robert Stephens, Tom Conti, John McEnery.

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Il s’agit avec Les Duellistes, du premier long métrage de Ridley Scott, et de l’adaptation du roman Le Duel de Joseph Conrad. Tout commence en 1800 à Strasbourg, suite à un duel, le lieutenant Féraud (Harvey Keitel) blesse grièvement le neveu du maire. Peu après, le lieutenant D’Hubert (Keith Carradine) est chargé par le Haut-Commandement de mettre Féraud aux arrêts de rigueur. Ce dernier se sent insulté et « tire sur le messager », il demande réparation et contraint D’Hubert à se battre.

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Au premier abord on ne peut s’empêcher de penser à l’un des plus grands films de Kubrick, Barry Lyndon, sorti seulement deux ans plus tôt. D’ailleurs Ridley Scott affirmera que le film eut une grande influence sur lui. Mais outre la photographie et le fait que les Duellistes soit un film historique, la ressemblance s’arrête là.

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Les protagonistes sont aussi différents que le jour et la nuit, le lieutenant Armand D’Hubert est d’un naturel tempéré et réfléchi, il est un homme du Nord. Tandis que le lieutenant Gabriel Féraud, est sanguin et colérique (il est Gascon).Mais au-delà de ces considérations géographiques, ils représentent deux mondes distincts. Le premier est issu d’une famille noble certainement aisée, alors que le second est de basse extraction.

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Mais le thème le plus important est l’honneur, chacun ayant sa réputation, il se doit de la défendre. Même si D’Hubert n’aime pas Féraud et que celui ci le lui rend bien, il existe entre eux une sorte de respect tacite, et l’on sent que le seul moment où ils réussissent à communiquer c’est lorsqu’ils croisent le fer. La raison du différend obsède l’entourage des deux parties, mais celle ci n’a déjà plus d’importance lors du premier duel, les deux hommes d’arme considèrent le duel comme une prolongation de leur métier de soldat, elle est pour eux un moyen de continuer d’exister lors des périodes de paix.

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La reconstitution historique est excellente, Keitel et Carradine apportent beaucoup à des personnages qui manquent parfois de relief et de complexité dans la nouvelle de Conrad. Un des meilleurs film de Ridley Scott avec Alien et Blade Runner.

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Marc-Antoine Ravé.

 

SOLEIL VERT de Richard Fleischer (1973)

 

Réalisé en 1973 par Richard Fleischer, Soleil vert est un film d’anticipation foncièrement pessimiste mais brillant à tout point de vue.
Le film dépeint une société où la liberté est restreinte et l’émancipation impossible. Les hommes évoluent ainsi dans un univers suffocant et castrateur où ils luttent chaque jour pour conserver le peu d’espace de liberté qu’ils leur restent.
Le préambule du film présente un monde à bout de souffle, épuisé par une course effrénée à la technologie qui lui aura finalement été fatale. La pauvreté gangrène la société car les nombreuses révolutions industrielles ont laissé bon nombre de personnes sur le bord de la route.
C’est donc dans un climat pour le moins lugubre que Thorn travaille en tant que policier. Il partage son appartement avec un vieillard du nom de Sol Roth avec qui il débat sur le sort du monde. L’opposition entre les deux personnages est au départ assez flagrante. Thorn est un homme fataliste qui accepte son sort en profitant simplement de certains avantages que lui apporte son travail. Roth est au contraire un vieil homme nostalgique qui refuse sa condition actuelle. Le personnage de Roth symbolise à lui seul la mémoire d’un monde révolu, un monde où la nature avait encore ses droits.
Thorn est chargé d’enquêter sur un possible meurtre après la mort d’un dirigeant d’une société agroalimentaire. Il découvre rapidement que l’affaire est beaucoup plus énorme qu’elle ne le paraît. En effet, l’homme a été abattu car il était susceptible de parler et de dévoiler au monde les secrets de la société Soylent.

Le principe du film d’anticipation est sa capacité à utiliser les dérives de nos sociétés actuelles et de les pousser à l’extrême pour peindre une société aliénante et totalitaire. Ici, la société marchande a été poussée à son paroxysme et les hommes eux-mêmes sont devenus des produits de consommation comme des autres. Les citoyens de ce monde sont ici transformés en vulgaire bétail qui erre mollement en attendant la fin de leur vie misérable. De fait, Soleil vert est un film sombre, il y est difficile de déceler la moindre note d’espoir tant son propos est virulent.
Thorn est au départ un personnage assez antipathique qui abuse du peu de pouvoir qu’il a en tant que policier. Cependant, sa personnalité un peu douteuse passe rapidement au second plan quand il se lance dans sa quête de vérité. En effet, une certaine complicité se crée même entre Thorn et le spectateur, et on désire plus que tout qu’il atteigne son objectif.
De ce fait, Thorn a un réel désir de sortir du rang pour découvrir les tenants et les aboutissants de cette société. Il refuse de croire les informations qu’on lui assène et veut découvrir la face cachée du pouvoir en place.

En guise de conclusion, Soleil vert est une œuvre intemporelle qui véhicule des idées éminemment fortes. C’est un film sombre et pessimiste qui brille par son intrigue palpitante, son interprétation sans faille et sa capacité à pousser le spectateur dans ses retranchements.

BEN SIVI

SCARFACE de Howard Hawks (1932)

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The World is Yours‘  Tout le monde a vu une fois dans sa vie le Scarface de De Palma (d’ailleurs je recommande aux inconditionnels de ce film de le revoir pour voir qu’il a très mal vieilli, notamment à cause de la bande-son et des décors). Avant le remake de 1983, Howard Hawks (L’Impossible Monsieur Bébé, Le Port de l’Angoisse, Rio Bravo) avait réalisé une première version en 1932 assez violente et sans aucun compromis pour l’époque.
L’histoire relate l’ascension et la chute de Tony Camonte, immigré italien et gangster célèbre à Chicago. D’abord petit frappe au service de Johnny Lovo, Camonte parviendra en pleine prohibition à détenir les grands réseaux de distributions de bière de la ville. Le personnage est directement inspiré du gangster Al Capone. Au-delà du simple divertissement, Hawks prévient dès le départ que son film est une vraie oeuvre engagée. Devant la montée de la criminalité et du laissez-faire par les pouvoirs publics, le réalisateur tire la sonnette d’alarme dès le générique en adressant un message direct au gouvernement américain : ‘What are you going to do about it?’.

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Le film débute sur un magnifique plan séquence de plus de trois minutes se concluant par le meurtre d’un gangster.
La première puissance du film est d’avoir épuré considérablement son scénario (le film ne dure qu’1h30, très loin de la durée classique des films de gangsters). Hawks va à l’essentiel et ne s’attaque pas par exemple à la génése du personnage de Camonte. Il le fait de manière beaucoup plus subtil en l’espace de deux scènes où on voit la famille italienne nouvellement immigrée avec l’absence du père et la désespérance de la mère face à ce que son fils est devenu. De même, on peut remarquer cette volonté de sobriété, lors de la première guerre des gangs, lorsque Hawks nous montre un calendrier défilant avec en toile de fond une mitraillette qui tire sur tout ce qui bouge.

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La seconde force du film se trouve tout d’abord dans la qualité de l’interprétation des acteurs : à l’instar d’Al Pacino dans le remake de De Palma, Paul Muni campe un criminel très crédible. On note qu’il faut avoir une sacrée présence pour tenir le rôle titre d’un film et a fortiori un premier rôle charismatique de gangster. Muni remplit parfaitement sa mission: tantôt sympathique, tantôt terrifiant, il impose sa gueule hors norme et sa prétention à chacune des scènes. La scène de vengeance entre lui et Lovo, son ancien chef, en est le point culminant.

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Enfin, Hawks ne cherche pas à minimiser les faits ou à rendre sympathique son personnage. Les meurtres sont ainsi extrêmement récurrents. Il est d’ailleurs toujours très intéressant de voir dans les vieux films comment filmer un meurtre sans le montrer de manière cru (ainsi les ombres remplacent les corps ou le personnage est éjecté d’une voiture). Toutefois, après avoir choisi de raconter la première guerre des gangs de manière elliptique, Hawks filme la seconde guerre des gangs de manière beaucoup plus démonstrative.

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Bref, Scarface est un film d’une grande simplicité qui va droit au but et est beaucoup moins grand-guiniolesque que la version de De Palma. Il peut être considéré comme un film noir de référence.
J-B Coriou

28 JOURS PLUS TARD de Danny Boyle (2002)

Avec: Cillian Murphy, Naomie Harris, Brendan Gleeson, Megan Burns, Christopher Eccleston, Noah Huntley, Stuart McQuarrie.

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Jim (Cillian Murphy) est coursier, victime d’un accident, il passe plusieurs semaines dans le coma, avant de se réveiller dans un hôpital complètement désert. En marchant dans Londres, il découvre que la capitale anglaise est devenue une ville fantôme et ses habitants ont été contaminés par un virus dérivé de la rage. Il va faire la connaissance de Selena (Naomie Harris) une jeune femme prête à se débarrasser de tous sentiments pour survivre, ainsi que de Frank (Brendan Gleeson) et sa fille Hannah (Megan Burns). Ensemble, ils décident de se rendre près de Manchester, ayant capté un message radio de militaires affirmant détenir la solution à l’infection.

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Cinquième film de Danny Boyle, 28 JOURS PLUS TARD  est difficile à classer, souvent catalogué dans les films d’horreur, de science-fiction ou de zombies. Peu importe le film transcende tous les genres. Cependant il est vrai qu’il ressemble fortement à un film de zombies, puisqu’il en contient les codes: un virus contagieux qui se transmet par morsure et détruit toute forme d’individualité et de personnalité. Mais ici, il ne s’agit de morts-vivants se repaissant de chair humaine. Ce sont des êtres humains infectés par ledit virus, les yeux injectés, les traits du visage sculptés par la fureur.

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Tourné en numérique, la grisaille du milieu urbain est ainsi décuplée et ajoute à l’ambiance post-apocalyptique une touche d’authenticité presque documentaire. Afin de rendre service à l’histoire et d’y ajouter cette pointe de réalisme, le réalisateur a choisi de ne prendre que des acteurs peu ou pas connus

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Les séquences cultes s’enchainent, avec la vision apocalyptique de Londres totalement vide ou de Manchester dévorée par les flammes. Danny Boyle réussit le pari d’en mettre plein la vue des spectateurs sans trop forcer sur les effets spéciaux faciles. L’ image des rats fuyant les infectés dans le tunnel est particulièrement marquante de par son symbolisme, puisque dans l’imaginaire collectif occidental, le rat est annonciateur de mort, mais surtout propagateur d’épidémies (telles que la peste noire au XIVème siècle). Le climax est atteint lorsque Jim retourne au manoir pour liquider les soldats restants. Il abandonne toute humanité et laisse place à toute la rage qui l’habite. A tel point que Selena et Hannah croient avoir affaire à un infecté. Cette séquence dégage une atmosphère primale et ultraviolente, où l’on sent que Jim se sent plus proche du soldat infecté qu’il libère que des militaires survivants (Le manoir n’est pas sans rappeler celui de Resident Evil (dans le jeu vidéo, premier du nom, pas la monstruosité pondue par le « réalisateur » taré Paul W.S Anderson)).

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Le film traite d’une des plus grandes psychoses du bloc occidental: la menace invisible d’un virus dispersé dans l’air, qui frappe sans distinction et se propage dans l’air sans se soucier des frontières dessinées par l’homme. Un grand moment de cinéma de genre, culte dès sa sortie, qui se regarde toujours avec plaisir. C’est prendre peu de risques que d’affirmer qu’on verra encore ce chef d’œuvre dans quarante ans.

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Marc-Antoine Ravé.

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OBLIVION de Joseph Kosinski (2013)

Oblivion est un film de science-fiction réalisé par Joseph Kosinski sorti en salles le 10 avril 2013.
En 2077, la Terre a été dévasté par une guerre et toute la population mondiale a été évacuée sur Titan, un satellite de Saturne. Jack Harper est resté sur Terre afin de s’occuper de la réparation des drones. Ces drones ont pour but de protéger des infrastructures chargées d’extraire certaines ressources.
À l’instar de son précédent film Tron : L’héritage, le metteur en scène propose dans Oblivion un univers futuriste épuré et éblouissant de beauté. Le film ne brille certes pas par son originalité mais offre néanmoins quelques plans visuellement somptueux. La volonté du réalisateur de mettre en avant la petitesse de l’être humain face à l’immensité du monde est l’une des idées les plus brillantes du film.

Bien que Tom Cruise ne nuance guère son interprétation, il demeure crédible dans son rôle d’action hero remettant en cause ses croyances les plus absolues. Car comme dans la majorité des œuvres de science-fiction, il est question de manipulation, de tromperie et de remise en question de l’ordre établi.
Le personnage de Jack Harper (Tom Cruise donc) est au départ totalement déshumanisé, il suit les ordres sans se poser de questions. Une série d’événements troublants va ensuite le pousser à se poser des questions sur le bien-fondé de sa mission. Dès lors, le héros est poussé par une soif de vérité et va ainsi se mettre en danger pour la découvrir.
L’arrivée du personnage d’Olga Kurylenko permet à Jack Harper de se remettre réellement en phase avec ses sentiments humains. Julia (Olga Kurylenko) symbolise pour lui l’espérance et il voit en elle la réponse probable à tous ses questionnements.

L’ingéniosité du film est de jouer avec les faux-semblants de façon plutôt réussie mais Oblivion pêche néanmoins par son manque d’originalité et surtout par un cruel manque de rythme. Le film tire sur la longueur et certaines scènes sont clairement dispensables. Pour donner un exemple, les mêmes scènes de flash-back teintées de romance apparaissent à l’écran toutes les dix minutes. Cela n’apporte rien au récit mais ajoute une dose de sentimentalisme à l’américaine assez nauséabonde.
Le film ne laisse également aucune place pour l’interprétation, les enjeux sont clairs et la fin apporte toutes les réponses aux questionnements du spectateur. En ce sens, un second visionnage d’Oblivion est totalement dénué d’intérêt.
Pour conclure, Oblivion est un film de science-fiction ambitieux mais qui n’arrive jamais à se hisser au niveau des chefs-d’œuvre du genre (Blade Runner et Total Recall pour ne citer qu’eux).
En ce sens, Oblivion ne marquera guère les esprits mais réussit néanmoins à tirer son épingle du jeu en ce mois d’avril 2013 morose en termes de sorties ciné.

Ben SIVI

BLOW OUT de Brian de Palma (1981)

blow1 Vrai-faux remake du film Blow Up de Michelangelo Antonioni, palme d’or en 1967, Blow Out est d’abord un film de cinéma qui parle de cinéma et plus particulièrement qui parle de son réalisateur. C’est une vraie thérapie par l’image pour De Palma. Jack Terry (John Travolta) travaille comme ingénieur du son sur des films de  d’horreur de séries Z. Une nuit, alors qu’il enregistre de nouveaux sons pour une prochaine production, une voiture déboule à vive allure et plonge dans le lac. A bord se trouve un politicien en pleine ascension et une conquête d’un soir. Jack réussit à sauver la fille (Nancy Allen) et, après avoir réécouté la bande-son, il découvre qu’un coup de feu a été tiré juste avant l’accident. En voulant faire éclater la vérité, Jack va être pris dans un terrible engrenage.

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Le héros du film de de Palma remplace le héros-photographe de l’oeuvre d’Antonioni. Contrairement à cette dernière, qui était un film beaucoup plus expérimental, Blow Out est un véritable thriller. A première vue, le réalisateur revient sur l’un des épisodes de l’histoire américaine : la théorie du complot et la paranoïa ambiante suite à l’histoire du Watergate. Une fois passée cette première impression, on se rend compte que De Palma a voulu filmer son Sueurs Froides. Jack Terry est le John Ferguson d’Hitchcock. En effet, comme le personnage interprété par James Stewart, Terry a connu un échec dans sa carrière professionnel qui l’a profondément marqué et traumatisé. Pris dans une manipulation, il cherchera à cette occasion la rédemption à tout prix jusqu’à sacrifier son nouvel amour.

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Mais le film parle avant tout de cinéma : Terry, c’est De Palma. Sa seule façon de trouver une délivrance passe par l’image et le son, manière de dire que seul le cinéma pourra le sauver. De nombreuses scènes viennent corroborer cette thèse notamment la scène ou le héros essaye de synchroniser le son et l’image de la scène du meurtre. Sans en donner l’apparence, le réalisateur nous donne une véritable leçon de cinéma. Blow Out est une véritable mise à nu du cinéaste qui se termine d’une manière extrêmement pessimiste. La  scène finale surprend par le mélange réalité/fiction absolument tragique concluant l’aventure de Jack.

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Enfin, ce qui est toujours fascinant chez De Palma, c’est la volonté de toujours faire vivre sa caméra. Le cinéaste a toujours détesté les plans fixes, c’est pour quoi sa caméra virevolte en permanence enchainant les champs, contre-champs, les multiples points de vue intérieurs et extérieurs, les ralentis, les travellings, les différents plans dans une même image. Beaucoup reprochent au cinéaste de ne pas savoir poser sa caméra et de multiplier les effets. Cette manière de filmer rajoute, bien au contraire, au suspense du film.

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Il faut également rappeler que Blow Out reste un thriller passionnant doté d’un casting solide, John Travolta en tête, et qui interroge également sur la place de l’image dans la société.
J-B Coriou