ENTRE LE CIEL ET L’ENFER de Akira Kurosawa (1963)

ENTRE LE CIEL ET L’ENFER de Akira Kurosawa avec Toshiro Mifune, Tatsuya Nakadai, Kyoko Kagawa, Tatsuya Mihashi…

entre ciel On serait prêt à tout pour sauver son propre enfant. Mais serait-on prêt à tout pour celui d’un autre ?
Dans ce film policier du maitre japonais Akira Kurosawa, un industriel se fait kidnapper son fils. Il était sur le point de racheter les dernières actions de son entreprise qui l’aurait rendu directeur de l’entreprise. Sans hésiter, il décide de payer la rançon et de renoncer à son plan de carrière.
La scène suivante se déroule dans la résidence du discret patron, la tension redescend d’un cran puisque les ravisseurs ont enlevé le fils de son chauffeur. Tout l’attrait du film réside dans ces deux questions : Que vaut la vie d’un simple chauffeur ? Est-il prêt à payer la rançon pour sauver une vie humaine et à hypothéquer son avenir ?
On va découvrir alors les bas-fonds d’une ville Japonaise (à travers une boîte de nuit, un squat de drogués) en suivant l’enquête d’un policier. Ce thriller nous prend réellement aux tripes et crée une véritable empathie avec chaque personnage. Kurosawa nous donne différents points de vue pour avoir une vision d’ensemble du sujet qu’il traite.Le sujet de ce film est vraiment d’actualité, avec ces temps de crise. Quelle place donnons-nous à l’argent, et jusqu’où sommes nous prêt pour réussir ? Kurosawa ne juge ni le grand patron, ni le criminel, mais nous renvoie à nos propres addictions et à nos responsabilités.
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Le film est en noir et blanc. Superbe image où l’espace est admirablement bien utilisé. Il y a une beauté esthétique dans les travelings, les différents mouvements de caméra, mais aussi dans les plans fixe.
Kurosawa découpe ses scènes telles une maison japonaise, où en déplaçant des cloisons, une nouvelle pièce apparait. Cette façon de mise en scène sera reprise dans les western spaghetti.
Kurosawa joue aussi avec les lignes verticales, hauteur-basseur, qui renforce l’idée de lutte des classes.
La première partie est donc traitée en huit clos. Dans le salon, dont on ne sort pas, la chaleur de l’été est pesante ainsi que la tension de la vie du petit en jeu.
Puis on va enfin sortir de la bâtisse hissée en haut de la colline, pour visiter les quartiers pauvres des environs d’où pourraient venir le criminel. On rentre au cours de l’enquête dans les entrailles de la ville, où tous les déchets de notre société vivent (notamment avec la scène du squat).
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Kurosawa est aujourd’hui considéré comme un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma. Sa filmographie comporte des chefs d’œuvre comme les 7 samouraïs, Vivre, Le château de l’araignée
Bon nombres de réalisateurs ont été influencés par son travail. On peut nommer Steven Spielberg, Francis Ford Coppola ou encore Georges Lucas qui a toujours affirmé s’être inspiré de La Forteresse cachée (1958) pour réaliser La Guerre des Etoiles (1977).
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Il a toujours dit s’être inspiré du cinéma occidental. Dans ses nombreux entretiens, il cite certains films de Franck Capra, D.W. Griffith et F.W. Murnau. Et, c’est telle une balance entre deux mondes, et deux époques du cinéma qu’il a, à son tour, influencé les cinéastes du Nouvel Hollywood. (Scorsese, Coppola, Lucas)
Il a aussi a permis de faire connaître le Cinéma Japonais à l’international.
« Ce qui m’intéressait, c’était l’enchaînement des événements, comment une menace devient réalité. Au Japon, l’enlèvement est un délit mineur, mais ce sont les réactions psychologiques qui suivent qui m’ont poussé à faire le film. »
En 1990, il reçoit l’Oscar d’honneur « pour ses accomplissements qui ont inspiré, ravi, enrichi et diverti le public mondial et influencé les cinéastes du monde entier »
Adri Joly

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DJANGO UNCHAINED de Quentin Tarantino (2012)

Django Unchained est le 8ème film de Quentin Tarantino, auteur de génie et l’un des cinéastes les plus célébrés de ces dernières années, connu pour ses œuvres ultra référentielles.
Après avoir emprunté certains éléments au polar hongkongais à la John Woo avec son premier film Reservoir Dogs, il a rendu hommage à un tout un pan de la pop culture américaine avec Pulp Fiction qui est selon moi son film le plus réussi. Depuis, Tarantino s’est senti investi d’une mission, redonner vie à des genres qu’il chérit particulièrement, de la « Blaxploitation » des 70’s (Jackie Brown) aux films de sabre japonais et au cinéma hongkongais de la Shaw Brothers (Kill Bill 1 et 2) ainsi qu’au films de voiture 70’s et au Slasher old school (Boulevard de la Mort). Les films sont toujours ultra maitrisés, mélangeant modernité et nostalgie avec brio, faisant même revenir sur le devant de la scène des acteurs un peu oubliés (de Pam Grier à Kurt Russell).
Néanmoins, Inglourious Basterds était le premier film où le cinéaste paraît dépassé par son sujet et par ses références. Il semble même peu à peu perdre le contrôle de son film, passant de scènes brillantes (avec Christoph Waltz) à certaines franchement ratées (avec Mélanie Laurent of course ! qui réussit à jouer mal même sans dialogues).

Réaliser un western était un rêve de longue date pour Tarantino , lui qui séchait les cours au collège pour regarder les films de John Wayne à la télévision, avec Django Unchained il réalise enfin son fantasme cinéphilique (même si Kill Bill 2 est aussi un hommage évident à Sergio Leone).
La volonté de Tarantino était « de donner à la communauté afro-américaine un vrai héros de western » cela marque la véritable originalité du film, Django Unchained se différencie donc par sa forme et non par son fond, le thème de la vengeance étant assez classique dans le western.
Difficile de faire la fine bouche en ce qui concerne le casting, à l’exception évidente d’une Kerry Washington complétement à côté de la plaque, tous les acteurs sont quasi-irréprochables, Christoph Waltz et Samuel L Jackson en tête.
Le choix de Jamie Foxx est en revanche un peu surprenant, l’acteur manquant clairement de charisme, sa performance dans le film reste néanmoins plus qu’honorable. Cependant, les excellents Idris Elba (The Wire, Luther, Prometheus) et Michael K Williams (The Wire, Boardwalk Empire) étaient tous deux pressentis pour le rôle, de quoi rendre un peu amer quant au choix final.
La complicité entre Django (Jamie Foxx) et le Dr .Schultz (Christoph Waltz) fonctionne néanmoins assez bien et les dialogues sont ciselés et souvent très drôles. Si le rythme est le défaut principal du film, les dialogues en sont effectivement sa qualité première.

Malheureusement, Django Unchained est dans la continuité d’Inglourious Basterds, le film manque de cohérence car les scènes se superposent davantage qu’elles se suivent.
De plus, la volonté de Tarantino de transcender le genre en modernisant le western (en ajoutant du hip-hop dans la bande-son par exemple) décrédibilise parfois le film et lui donne un côté un peu clownesque.
Enfin, le film est clairement trop long, la dernière demi-heure est complétement inutile et le caméo embarrassant de Tarantino n’arrange rien à l’affaire.
A noter cependant la performance hallucinante de Samuel L. Jackson qui nous montre qu’il ne sait pas jouer que des caricatures de Jules Winnfield (son personnage dans Pulp Fiction) mais aussi la confirmation du talent (certes évident) de Christoph Waltz.

Ben SIVIGNON

TED de Seth MacFarlane (2012)

TED de Seth MacFarlane avec Mark Wahlberg, Mila Kunis, Seth MacFarlane, Giovanni Risbi

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Grosse farce, Ted est l’archétype des comédies américaines de ces dernières années : très irrévérencieuses, très drôles, très bien jouées mais pas assez jusqu’au boutistes pour être totalement jouissives.
Ted raconte l’histoire de John (Mark Wahlberg), un enfant solitaire qui souhaite que sa peluche devienne vivante. Une nuit, son voeu se réalisera. Malgré leur profonde amitié construite au fil des années, Ted n’est pas le gentil ours en peluche dont tout le monde rêve mais un ami régressif, vulgaire, fumeur de joint, alcoolique et obsédé. Pour la petite amie de John, Lori (Mila Kunis), cette peluche empêche John de rentrer dans l’âge adulte. John devra donc faire un choix cornélien.
Première idée géniale du film : il est fascinant de voir une figure si attendrissante dans l’imaginaire collectif débiter des profondes horreurs ou faire des gestes obscènes (la scène du supermarché où Ted rencontre sa girlfriend totalement débile est un summum). C’est d’autant plus fascinant que cette figure peut nous émouvoir dès la scène suivante.
La deuxième bonne idée est d’avoir construit un vrai enjeu scénaristique et de ne pas s’être contenté d’empiler les scènes qui auraient pu lasser. Le thème de l’adulte qui ne veut pas grandir, qui ne veut pas prendre de responsabilités tant sur le plan personnel que sur le plan professionnel est très bien amené par Seth MacFarlane (ce dernier grâce au succès inattendu du film fût le présentateur des Oscars cette année).
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La troisième idée est plus un pur plaisir personnel. John et Ted sont des grands fans du film Flash Gordon, un pur nanar de science-fiction des 80’s que j’ai eu le plaisir de voir à de multiples reprises étant jeune. La scène de rencontre entre Sam J. Jones (l’acteur ayant interprété Flash Gordon dans le film éponyme) et John est absolument irrésistible. En effet, ils passent une soirée absolument dantesque pour la pendaison de crémaillère de Ted. Rien que pour cette scène, le film mérite d’être vu. (en espérant que vous ayez vu ce navet que constitue Flash Gordon)
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Mais malheureusement, tout n’est pas réussi dans Ted. Comme dans beaucoup de comédies régressives de ces dernières années type SuperGrave ou Sérial Noceurs, Seth MacFarlane s’est senti obligé de tomber dans le patos et le politiquement correct dans la deuxième partie du film. C’est donc assez décevant car l’histoire d’amour prend le pas sur le buddy movie. On ne comprend pas pourquoi cette très bonne idée de départ n’ait pas été développée jusqu’au bout.
C’est là où le bat blesse : ne pas avoir su garder cette irrévérence dans la deuxième partie du film. L’histoire de l’enlèvement de Ted est aussi un faux pas narratif puisqu’aucun véritable enjeu ne nait de cette situation. Le passage à l’âge adulte aurait vraiment du être exploitée tout au long du film. On peut se demander également si une bonne idée de départ peut faire un bon film d’une durée de 1h30.
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Will Ferrell l’a prouvé à deux reprises avec Présentateur Vedette : la légende de Ron Burgundy et Frangins malgré eux. Ben Stiller aussi avec Zoolander et Tonnerre sous les Tropiques. Il manquait peut-être des seconds rôles de qualité pouvant apporter une énergie dans la deuxième partie.
A voir tout de même pour passer un bon moment car ce film reste une très bonne comédie régressive.
J-B Coriou

UN APRES-MIDI DE CHIEN de Sidney Lumet (1975)

UN APRES-MIDI DE CHIEN de Sidney Lumet avec Al Pacino, John Cazale, Charles Durning, Penelope Allen..

chien Le film s’inspire d’un fait réel. Le 22 aout 1972,John Wojtowicz et Salvatore Naturile braquent une banque et retiennent neuf employés en otage pendant près de quatorze heures. Tout commence à Brooklyn, en pleine canicule au mois d’aout. Devant cette banque, une voiture garée avec à son bord trois hommes. Chacun leur tour ils s’extraient de la voiture pour pénétrer dans la banque, ainsi commence un des plus grand films de braquage de l’histoire du cinéma.
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La police arrive rapidement sur les lieux et les deux hommes, Sonny (Al Pacino) et Al (John Cazale) sont obligés d’engager des négociations avec la police (leur complice ne s’étant pas senti capable de rester, a préféré partir ), débute alors le dialogue entre Sonny et l’Inspecteur Moretti (Charles Durning).Mais avec l’arrivée de la police, la foule se rapproche puis la presse débarque, la prise d’otage dans la banque devient un spectacle pour la population de New York. Sonny va justement jouer de la présence des journalistes et des new yorkais et les prendre à partit en hurlant « Attica! Attica! », ( Le Centre Correctionnel d’Attica dans l’état de New-York a été le théâtre d’ une émeute en 1971 et dont la répression a causé la mort de 29 détenus et 10 gardiens) il est alors acclamé par la foule comme un héro et interviewé par la presse au téléphone. Lumet met en exergue ici un des plus gros ratages de l’administration qui a autorisé l assaut de 500 militaires sur la prison et qui s’est soldé par un massacre.
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On apprend au court du film lorsque Sonny demande qu’on aille chercher sa femme, que celle-ci est un homme appelé Leon (Chris Sarandon) et que ce dernier, (qui se sent une femme piégé dans un corps d’homme) veut se payer une opération pour changer de sexe. C’est pourquoi Sonny a braqué cette banque. Lumet soulève un sujet certainement houleux pour l’époque, Al Pacino qui est déjà une star à l’époque est l’un des premiers acteurs à interpréter un personnage clairement homosexuel. Il est intéressant de noter que l’attitude de la foule change quand elle apprend l’homosexualité de Sonny, elle se moque de lui lorsqu’il fouille l’agent du FBI qui vient voir les otages. Une partie de la foule le soutient cependant en scandant « Out of the closet and into the street » et « Sonny all the way ».
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La tension est palpable dés les premières minutes du film, elle est accentuée par le quasi huis-clos dans la banque, et la chaleur écrasante. Le réalisateur filme New-York comme un des nombreux personnages du film, l’atmosphère y est étouffante et les esprits s’échauffent vite. L’un des points fort du film est que l’histoire pourrait être racontée du point de vue des policiers, de la presse, de la foule, il n’y a pas qu’ un seul point de vue. On se doute de l’issue inéluctable qui attend ses protagonistes, ce ne sera pas une fin heureuse, et d’une certaine manière ils le savent mais s’accrochent à l’espoir incertain de pouvoir quitter le pays.
La mise en scène de Sidney Lumet est encore une fois irréprochable, le casting sans faute et même brillant. Le personnage de Leon est interprété sans clichés et les sujets traités amènent à une réflexion sur la mentalité de l’époque et les méthodes employées par les forces de l’ordre pour mettre fin à des situations de crises (le braquage mais aussi la mutinerie d’Attica).Al Pacino sera nommé pour l’ Oscar du meilleur acteur en 1975 mais c’est Jack Nicholson qui obtiendra la récompense pour Vol au dessus d’un nid de coucou.
M-A Rave

SERPICO de Sidney Lumet (1973)

Serpico est un polar new-yorkais réalisé par Sidney Lumet qui met en scène Al Pacino dans le rôle d’un flic incorruptible et seul contre tous.
Le film est un bijou de mise en scène, l’interprétation d’Al Pacino est sidérante de maitrise, le rôle lui collant à la peau. L’acteur ayant été découvert par le public et par la critique grâce au Parrain de F.F.Coppola, on découvre véritablement toute l’étendue de son talent dans Serpico.
Le film raconte l’histoire vraie d’une jeune recrue de la police new-yorkaise du nom de Frank Serpico, qui va rapidement prendre conscience que la corruption gangrène cette institution à tous les niveaux.

Le film possède toutes les caractéristiques du polar américain des années 70 : La violence crue et réaliste, la remise en question des institutions qui se révèlent inefficaces ou corrompues, le tout filmé dans des décors réels.
Le personnage de Serpico refuse dans un premier temps de prendre part à cette corruption mais désire rester en retrait face à l’ampleur de la situation. Néanmoins, il s’implique rapidement pour lutter contre ce phénomène et contre l’omerta qui règne dans la police, il ne semble pas avoir le choix et ce combat se transforme en lutte intérieure contre ses démons.
Cela entraine une marginalisation totale du personnage sur le plan physique et vestimentaire, sa barbe et ses vêtements sont les symboles d’un désaccord profond avec ses collègues et marquent l’attachement de Serpico à ses idéaux et à l’idée qu’il se fait de l’ordre et de la justice.
Le film ressemble à un examen de conscience, poussant Serpico à s’isoler et à se mettre en danger pour rester en accord avec ses principes.

Cependant, le personnage reste très humain et n’est pas présenté comme un héros, il semble en effet parfois rongé par le doute et découragé par l’incompétence totale du système.
Sa vie personnelle souffre également beaucoup de la situation, Serpico étant invivable et irritable tant son combat est incroyablement frustrant.
Néanmoins, sa cause personnelle continue de primer sur tout le reste, Serpico va pousser sa conscience professionnelle à l’extrême, quels que soient les moyens employés. On peut d’ailleurs faire un parallèle avec les personnages de James Doyle dans French Connection (1971) ou de Harry Callahan dans Dirty Harry (1971) qui sont tous deux des flics aux méthodes peu conventionnelles qui livrent des combats personnels pour faire respecter la loi.
Le film confirme le talent immense de l’acteur qui livre ici une performance habitée et propulse Sidney Lumet au rang des cinéastes les plus talentueux de sa génération. Les deux hommes se retrouveront deux ans plus tard pour le très réussi Un après-midi de chien.

Ben Sivignon

LES CESARS 2013

Compte-rendu des Films des Césars 2013

Je me suis rendu compte que n’étant pas un très grand fan du cinéma français en général, j’avais quand même vu tous les films nominés pour les césars 2013. Il faut dire que certains films de l’année dernière m’avaient donné un petit espoir : The Artist, La guerre est déclarée, l’Exercice de l’Etat et Polisse étaient les films nominées.
Et BIM !!! Les vieux démons de notre chère cinéma français sont rapidement revenus au galop. En donnant le césar du meilleur film à Amour de Michael Haneke, l’Académie récompense un film (un documentaire?) sur deux personnes en fin de vie. On se demande l’intérêt d’un tel déluge de misérabilisme. On est plus dans un cours de gériatrie que dans un vrai film de cinéma. Surtout la force du film est de réussir à ne faire passer aucune émotion pendant 2h (L’image est froide, laide : césar de la meilleur réalisation normal pour Haneke). L’explication d’un tel succès critique viendrait sans doute de voir deux acteurs mythiques devant la caméra.
amour
Il vaut mieux revoir Million Dollar Baby de Clint Eastwood pour voir traiter le sujet de l’euthanasie. La grande différence avec Amour est que la lente deliquescence du personnage principal n’est pas le thème central du film. Eastwood a l’intelligence (comme toujours) de mêler ce thème de la fin de vie avec d’autres concepts comme le sport, la vieillesse, les relation familiales, la foi et tant d’autres.
million dollar baby
Deuxième cas d’école : le film français qui a une bonne idée mais qui ne l’exploite pas jusqu’au bout. Dans cette deuxième catégorie, on retrouve Camille Redouble de Noemie Lovsky et Dans la Maison de François Ozon. Le premier traite d’une fille projetée dans le passé à l’âge où cette dernière était une star au lycée. Le second suit un professeur qui joue à un jeu dangereux avec un de ces élèves qui lui fait parvenir ses écrits pervers. Camille est trop policé pour susciter vraiment un réél enthousiasme malgré le talent évident des acteurs. On aurait voulu un peu plus de fantaisies et que le film soit moins conventionnel, plus décalé. L’histoire d’amour est par exemple trop longue. Revoyez plutôt Peggy Sue s’est mariée de Francis Ford Coppola qui traite du même sujet en beaucoup mieux. Dans la Maison, lui, a un gros défaut. Au bout de trente minutes, le film devient très répétitif : chaque scène ressemble à la précédente. L’épilogue n’étant pas très tranchant, on en ressort assez neutre alors que le sujet pouvait donner lieu à un film à tiroirs avec un vrai suspense.
camille
Prenons enfin un par un les autres films de la sélection : Holy Motors constitue soi-disant pour les critiques françaises le meilleur film de l’année dernière. Rien de plus embarrassant d’un film de cinéma sans histoires qui parle de cinéma. Certes, la réalisation est belle, les acteurs jouent bien mais quand on a rien à raconter que son amour pour le cinéma, autant faire un documentaire sur sa passion. Scorsese ou Tarantino sont des amoureux du cinéma mais cette amour transparait à travers des scénarios vraiment écrits et pas une succession de scènes sans aucun lien les unes aux autres et malheureusement sans grand intérêt. Un film sur le cinéma à voir et revoir et que j’ai découvert il y a très peu de temps est Jeux Dangereux d’Ernst Lubitsch de 1942. Un film mêlant action et humour et qui parle de cinéma, que demandait de plus ?
holy motors jeux dangereux
De Rouille et d’Os est un cas à part car j’ai plutôt apprécié ce film mais il est un peu trop misérabiliste à mon goût. Je pense que Jacques Audiard est le plus grand réalisateur du cinéma français actuel notamment grâce à De Battre Mon Coeur s’est Arrêté de 2005 (remake de Mélodie pour un Tueur de James Toback avec Harvey Keitel). Le film ne crée pas d’enthousiasme particulier malheureusement. On n’arrive pas à pleinement rentrer dedans.
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Le Prénom est une gentille comédie inoffensive qui permet de passer un bon moment pendant 1h40. Rien de bien méchant. De là à être nommé aux césars du meilleur film. Devant le succès du film, l’Académie a du se sentir obligée de le nommer et de récompenser les acteurs, cette dernière ayant donné 5 césars à Amour.
Enfin, la purge des césars est à mettre au compte de Benoit Jacquot avec les Adieux à la Reine . Tout est mauvais dans ce film : de la réalisation aux acteurs, du scénario inintéressant à sa longueur.
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Vivement les Oscars avec le triomphe espéré d’Argo de Ben Affleck.
J-B Coriou

NETWORK de Sidney Lumet (1976)

NETWORK de Sidney Lumet avec Faye Dunaway, Peter Finch, Robert Duvall, William Holden.

Network ‘La télévision est la plus incroyable force dans ce monde sans dieu.’ Réalisateur de trois des plus grands films des années 70 (Un Après-Midi de Chien, Serpico et donc ce Network), Sidney Lumet a toujours voulu dénoncé les travers de la société américaine et plus largement les dérives de la société contemporaine.
Dans ce film sorti en 1976, il s’attaque magistralement au plus grand média de masse de l’époque contemporaine : la télévision. Le cinéaste décide de s’intéresser au fonctionnement d’une des grandes chaines américaines, UBS News qui est sur le déclin. Howard Beale (Peter Finch, oscar du meilleur acteur cette année-là amplement mérité), présentateur du journal télévisé, est donc remercié et, en signe de désespoir, annonce aux téléspectateurs qu’il se suicidera en public lors de sa dernière intervention. Les autres chaines commencent à s’intéresser à ce phénomène, l’audimat d’UBS News commençant à remonter. Les directeurs de la chaine, sentant le bon filon autour de la personnalité d’Howard Beale, décident de lui donner une émission quotidienne où ce dernier assénera aux téléspectateurs la réalité sur le monde de la télévision : un monde cynique, abrutissant, tenu par des personnes déshumanisées et cupides. L’émission connaitra un succès retentissant.
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Lumet veut nous faire comprendre que la télévision est un outil qui ne permet pas à l’humain de réfléchir par lui-même. C’est une dictature déguisée par l’image. Tout ce qui passe par l’image est considéré comme produit de la vérité. Les spectateurs deviennent des marionnettes prêts à consommer. On se réfère à la phrase célèbre du grand Patrick Le Lay : Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.
Parallèlement, Lumet nous démontre que la télévision est l’endroit où le capitalisme est le plus féroce où le seul argent est roi. Preuve en est : Howard critique ouvertement les personnalités qui composent la télévision mais comme son émission a du succès et a fortiori rapporte de l’argent, les dirigeants sont plutôt ravis de cette situation. Le personnage le plus emblématique de cette dérive est joué par Faye Dunaway (elle aussi oscar de la meilleure actrice pour son rôle de Diana Christensen). Directrice des programmes de la chaine, elle veut à tout prix réussir dans ce métier et pour cela, elle est prête à tout comme rencontrer des leaders d’extrême gauche de l’époque (des braqueurs de banque et autres assassins) pour en faire les vedettes de son émission.
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Lumet a l’intelligence d’inclure un personnage dont pourrait venir le salut. Il ne veut pas donner une image totalement manichéenne de son histoire. Interprété par William Holden (La Horde Sauvage, La Tour Infernale), Max Schumacher ne se reconnait pas dans cette télévision où il a toujours travaillé. Malgré une idylle avec Diana, ce dernier se rendra peu à peu compte des méfaits de cette outil médiatique. Dans une scène absolument sublime d’intensité, il décrira la folie de Diana dans lequel la télévision l’a enfermé.
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Scène finale jusqu’au boutiste, Lumet nous met K.O et on a envie de revoir le film une nouvelle fois pour bien en comprendre tous les tenants et aboutissants. Quand on regarde la télévision actuelle, on réalise à quel point Lumet était un visionnaire.
J-B Coriou