CROSS OF IRON (CROIX DE FER) de Sam Peckinpah (1977)

CROIX DE FER de Sam Peckinpah avec James Coburn, Maximilian Shell, James Mason, David Warner…

Croix de fer Croix de Fer est un très grand moment de cinéma à nouveau de la part de Peckinpah et comme d’habitude ce film est très riche grâce aux multiples thèmes qu’il aborde. Ce film sera le seul et unique film de guerre de Peckinpah (Malheureusement!!! On aurait voulu une vision sur la Guerre du Vietnam à la Cimino comme Voyage au bout de l’enfer!!)
L’histoire se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale. Un officier allemand (Maximilien Shell) débarque sur le front russe avec une idée en tête : rapporter la croix de fer dans sa famille par tous les moyens, récompense ultime pour un soldat. Ce dernier va très vite rentrer en conflit avec Steiner (James Coburn), sergent fidèle, dur et apprécié de ses hommes. Après une bataille où Steiner est blessé, Stransky réclame la distinction suprême, alors qu’il n’a pas voulu se battre. Steiner revient, après son séjour à l’hôpital, pour mettre fin à cette supercherie.
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Ce qui frappe dès le début du film, c’est la parti pris de Peckinpah de filmer du côté allemand (le film est tourné en langue anglaise ce qui créé un décalage évident puisque les dialogues sont en anglais mais les chants sont en allemand). L’officier Steiner est l’archétype de l’anti-héros tant chéri par les cinéastes des années 70, d’autant plus en tant de guerre. Il ne supporte pas l’injustice (il laisse en vie un jeune russe perdu sur le front, il refuse de témoigner en faveur de Stransky pour qu’il obtienne la Croix de Fer) et ce qui est le plus important c’est son désintéressement. Il ne veut pas passer pour un homme bon, un juste, il s’en moque. Il ne se bat plus pour Hitler, pour l’Allemagne mais pour ces troupes et son honneur. La longévité et l’absurdité de la guerre l’ont rendu fataliste mais pas encore totalement déshumanisé.
On peut se référer très vite au chef d’oeuvre de Stanley Kubrick, les Sentiers de la Gloire dans cette histoire d’affrontement entre deux personnages d’une même armée (thème moins bien repris par Oliver Stone dans Platoon) avec aussi en toile de fond l’insubordination et la profonde détestation de la guerre.

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Stransky est lui le salaud parfait. Il est d’ailleurs très intéressant d’aborder le thème de l’homosexualité dans l’armée. Le personnage est issu d’un milieu bourgeois et là aussi ce thème est captivant puisqu’on ne pense pas à l’importance que cela revêt en période de guerre.
Les scènes de guerre interminables sont comme toujours dans le cinéma de Peckinpah très réalistes et très violentes avec ces ralentis toujours aussi efficaces. Les ralentis sont souvent très mal utilisés de nos jours mais ils peuvent avoir une vraie fonction, une vraie qualité. (John Woo a du voir et revoir les films de Peckinpah)

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Impressionnant de maîtrise, Croix de Fer finit comme à son habitude chez le réalisateur sur un carnage absolu (tout comme La Horde Sauvage, Apportez-moi la tête d’Alfrdo Garcia et les Chiens de Paille), d’une violence extrême.
Limite morale à la guerre, plaidoyer sans concession, Croix de Fer est une vraie claque. c’est plus qu’un film de guerre : une vraie réflexion sur notre humanité durant cette période.
J-B Coriou

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L’INSPECTEUR HARRY de Don Siegel (1971)

L’INSPECTEUR HARRY de Don Siegel avec Clint Eastwood, Andrew Robinson, Harry Guardino, Reni Santoni…

L'inspecteur harry
Le film L’Inspecteur Harry est d’abord l’histoire d’une collaboration entre deux hommes, l’acteur Clint Eastwood, connu à l’époque pour son interprétation de l’homme sans nom dans la trilogie du dollar de Sergio Leone (Une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la Brute et le Truand) et le cinéaste Don Siegel qui l’avait dirigé dans les films Un shérif à New York, Sierra Torride et Les Proies.L’acteur trouve le scénario intéressant et après que le réalisateur Irvin Kershner (futur réalisateur de L’Empire contre-attaque) se soit désisté, Clint Eastwood va demander à son ami Don Siegel de réaliser L’Inspecteur Harry.

Le film est caractéristique du polar américain des années 70 : réaliste, subversif et violent. Le film narre l’enquête du policier Harry Callahan qui tente de mettre un terme à des assassinats perpétués par un tueur mystérieux qui abat ses victimes avec un fusil sniper. Le personnage du tueur en série s’inspire directement du Zodiac Killer, serial killer ayant réellement existé à San Fransisco à la fin des années 60 et à l’origine d’une véritable paranoïa dans toute la ville ; Le Zodiac Killer sera même le sujet d’un film de David Fincher en 2007.
Le film installe une atmosphère paranoïaque, personne ne semble à l’abri, le tueur peut frapper à tout instant et dans n’importe quel quartier sans faire de distinguo entre les différentes classes sociales ou origines ethniques.
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En effet, la caméra survole une ville terrassée par le soleil mais également par la peur de ce tueur mystérieux et insaisissable.
Dirty Harry entre en scène, à grand coup de phrases percutantes et de méthodes musclées, le mythe du flic « badass » est né, un homme qui agit selon ses propres codes, ses propres règles. Pas toujours aimé de ses supérieurs et encore moins des criminels qu’il pourchasse, Dirty Harry est tout l’inverse d’un idéaliste, il est pragmatique, distant et sans pitié.

Cette véritable chasse à l’homme aura pour mérite de lui permettre d’en apprendre plus sur lui-même mais également d’observer les défaillances du « système » qui joue parfois en faveur des criminels.
La situation se retourne en effet contre lui quand il est accusé (à tort) d’avoir persécuté et tabassé le serial-killer, reprenant ainsi la thématique du héros « seul contre tous » le flic va donc poursuivre seul le criminel pour mettre fin une bonne fois pour toutes à ses agissements.
Dirty Harry sera un immense succès public mais recevra un accueil critique catastrophique car l’intelligentsia de gauche y verra un manifeste politique réactionnaire et fasciste. Le film n’en reste pas moins très divertissant et Dirty Harry reste l’incarnation du héros à la fois ambigu dans son rapport à la violence mais également fascinant.

Ben Sivignon

CHINATOWN de Roman Polanski (1974)

CHINATOWN de Roman Polanski avec Jack Nicholson, Faye Dunaway, John Huston, Perry Lopez…

chinatown,1 ‘Forget it, Jack, it’s Chinatown’ Dernier film tourné aux Etats-Unis par Roman Polanski, Chinatown raconte l’histoire d’un détective privé (Jack Nicholson) engagé pour suivre une relation adultère d’un ingénieur spécialisé dans la distribution d’eau dans la ville de Los Angeles. Mais sous les apparences d’une simple enquête, le détective Gittes va être confronté à une véritable machination après le meutre de l’ingénieur.
Ecrit par Robert Towne, le scénariste de Bonnie and Clyde, Greystoke et Mission Impossible I et II, le film est avant tout un film d’ambiance : le Los Angeles des années 30 est moite, bouillonnant, sensuel, mystérieux (Merci John A. Alonzo pour sa remarquable photographie) L’histoire parait assez classique : un détective vient fourrer son nez là où il ne faut pas et sera pris dans un terrible engrenage.
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Inspirée par une histoire vraie et par tout le panthéon du film noir (générique du début à la trompette nous met directement dans l’ambiance) , cette simple histoire policière impressionne ensuite par la qualité de son interprétation. Dans le rôle du chien fou, Jack Nicholson est parfait tout comme sa partenaire Faye Dunaway impressionnante en femme autoritaire et désespérée. Leur couple fonctionne parfaitement. Saluons également la grande performance de John Huston (oui, le réal du Faucons Maltais, des Désaxés et de l’homme qui voulut être roi) en vieux patriarche cynique et cruel. C’est là où on se rend compte que les cinéma des années 70 sont les années où les acteurs avaient une vraie gueule !!! A part Joaquin Phoenix et Daniel Day-Lewis aujourd’hui, quels sont les acteurs ayant une vraie gueule de cinoche !!! Où sont les Jack Nicholson, Al Pacino, Warren Beatty, De Niro, Harvey Keitel etc ???

Ce film est bien dans la veine des années 70 avec une vision assez complexe de la société américaine, une conception très pessimiste. D’une part, la corruption et la violence sont inhérents à la naissance et au développement de toute cité (en l’occurrence Los Angeles) thème repris dans Gangs of New York par Scorsese (2002). En effet, le Los Angeles des années 30 n’est pas encore la grande ville américaine connue de tous. Cette naissance (allégorie sur la naissance des Etats-Unis) se fera comme toujours dans la violence.
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La scène d’affrontement verbal entre John Huston et Jack Nicholson nous rappelle également le pouvoir total de l’argent sur les hommes, le sentiment de toute puissance grâce au dollar-roi. (What can you buy that you can’t already afford? The future Mr. Gitts)
Bon et puis ce film reste également un film policier et comme tout film policier rondement mené, on veut connaître la fin. La fin est d’ailleurs un moment de grâce rarement atteint au cinéma. (Merci Roman de t’être battu contre Robert Towne pour sauver cette fin magnifique).
J-B Coriou

TETRO de Francis Ford Coppola (2009)

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Chaque famille a un secret » Cette phrase donne une certaine idée de l’intrigue du film Tetro de Francis Ford Coppola. Une œuvre en noir et blanc presque théâtrale dont le décor serait Buenos Aires, la ville la plus européenne d’Amérique du Sud.
Benjamin Tetrocini travaille sur un bateau de croisière qui fait escale à Buenos Aires, il en profite pour venir voir son frère Angelo qu’il n’a pas revu depuis que ce dernier a fui sa famille pour refaire sa vie ailleurs.
« J’ai divorcé de ma famille » tels sont les mots d’Angelo qui s’est lui-même rebaptisé Tetro, afin de couper tout lien avec son passé. Néanmoins, ce passé frappe à sa porte et son exil va être mis à mal avec la réapparition de Bennie dans sa vie.
L’accueil est pour le moins froid, Tetro est distant et presque antipathique vis-à-vis de son frère qu’il présente même comme un ami aux autres personnes. Rapidement, Bennie semble à la quête de quelque chose, peut être d’un frère mais aussi d’un passé dont il sait trop peu.
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Tetro apparait lui comme un être troublé et peu expressif, il partage sa vie avec une jeune femme nommée Miranda qui semble être la seule personne disposée à l’approcher et à le comprendre. Cependant, le contraste est grand entre Tetro et Miranda, elle est très sensible et compréhensive vis-à-vis de cet homme dont la fragilité la touche beaucoup. C’est effectivement sa vulnérabilité qui l’a séduite au début car elle l’a rencontré dans un asile un peu particulier où elle travaillait, et où lui était patient.
Par la suite, Tetro est devenu éclairagiste, tout un symbole pour un homme qui veut désormais rester dans l’ombre, sa place est donc derrière la lumière. La frustration habite Tetro qui n’arrive pas à concrétiser son projet d’être écrivain.
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L’ombre du père plane tout au long du film, au point où cela en devient presque étouffant. En effet, Tetro n’ose même pas le nommer, lui donne le nom « The Great One » un surnom fortement teinté d’ironie. Le père apparait enfin dans un flashback, une des particularités du film est qu’il propose une histoire en noir et blanc et des flashbacks en couleurs. Ces fragments du passé sont explicites, les propos sont durs et la rivalité s’installe entre Angelo et son père.
La morale de ce film pourrait être qu’on ne peut jamais véritablement couper avec son passé, mais la venue de Bennie va permettre à Tetro d’exorciser ce passé qui le ronge depuis trop longtemps. La révélation finale va redéfinir l’existence de chacun et achève le film comme une tragédie grecque.

Ben Sivignon

STRAW DOGS (LES CHIENS DE PAILLE) de Sam Peckinpah (1971)

Les Chiens de Paille de Sam Peckinpah avec Dustin Hoffman, Susan George, Peter Vaughan, David Warner

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Les Chiens de Paille de Sam Peckinpah est un chef-d’oeuvre, une claque dans la gueule qui serait probablement difficile à tourner aujourd’hui tant le conformisme et l’appât du gain continuent à dicter la loi des grands studios hollywoodiens depuis une bonne vingtaine d’années. Un vrai film complexe par les thèmes traités et pas un film voyeur et ultra-violent comme beaucoup l’ont pensé à l’époque de sa sortie.

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Reprenons la chronologie de ce film. Nous sommes en 1971 et la carrière de Sam Peckinpah se constitue essentiellement de westerns. Trois ans auparavant, son chef-d’oeuvre absolu et sanguinaire La Horde Sauvage avec William Holden, Ernest Borgnine et Warren Oates est sorti sur les écrans. Peckinpah est sorti épuisé à la fois par des nombreuses batailles qu’il a du mener avec les studios (les producteurs se chargent de remonter le film sans son aval ) et à la fois par les nombreuses controverses suite à la scène de fin du film.

Avec les Chiens de Paille, il va pourtant frapper encore plus fort. Un jeune intellectuel américain (Dustin Hoffman) se retire avec sa femme anglaise (Susan George) dans le village natale de cette dernière pour travailler à sa thèse. La population locale n’est pour ainsi dire pas très accueillante avec lui d’autant plus que sa jolie femme attire tous les regards. On ne le redira jamais assez mais la période des années 70 au cinéma est marqué par une nouvelle figure du héros. Il n’est ni tout noir ni tout blanc, et c’est par des mises en situation assez extrêmes qu’il va révéler sa vraie nature.

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Le cinéma d’autrefois fonctionnait sur une véritable empathie avec les personnages et depuis Bonnie et Clyde d’Arthur Penn, les héros sont beaucoup moins manichéens et la réflexion devient beaucoup plus profonde pour le spectateur. Au-delà du thème central du film (l’homme est un loup pour l’homme, citation de Plaute), les thèmes abordés sont multiples avec dans l’ordre : l’origine sociale, la sexualité, le rapport homme-femme, le pacifisme à l’époque de la Guerre du Vietnam. Bref, une très grande réflexion sur la nature humaine.

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Enfin, nous ne pouvons pas parler des Chiens de Paille sans parler de la scène qui avait fait (qui fait?) scandale à savoir le viol de Susan George. La scène met très mal à l’aise (la victime apprécie manifestement ce qui lui arrive). Peckinpah ne légitime aucunement ce crime comme l’ont dit certains critiques de l’époque, il sert au réalisateur à renforcer son propos, en cela c’est une scène clé du film mais pas pour des raison primaires. Elle aura d’ailleurs son importance dans la dernière scène du film . On se rendra bien compte son enjeu.
Bref en un mot, Rudes sont le ciel et la terre qui traitent en chiens de paille la multitude d’êtres. Rude est le sage qui traite le peuple en chiens de paille!!!!!
J-B Coriou